| | La "bonne mémoire" de Ricoeur | |
| | | Auteur | Message |
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Invité Invité
| Sujet: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 14:52 | |
| Je ne sais pas s'il existe un fil consacré à Paul Ricoeur...je propose une petite halte sur la pensée de ce philosophe, si discret.
| Citation: | La "Bonne Mémoire" de Ricoeur
Le Monde, vendredi 15 septembre 2000
La mémoire, l'histoire, l'oubli, de Paul Ricoeur. Nous sommes entrés, face à ce que Paul Ricoeur appelle les "événements horribles du milieu du XXe "siècle", dans ce moment ultime où les survivants céderont bientôt la place aux seuls historiens. Epoque charnière où l'histoire croise donc la mémoire. Ce contexte n'est pas sans dramatiser le projet central de ce livre très attendu, véritable ouvrage-synthèse de toute l'oeuvre du philosophe aujourd'hui âgé de quatre-vingt-sept ans: comment jeter des passerelles entre l'histoire des historiens et la mémoire des témoins, alors que leurs prétentions rivales ont pris ces dernières années un tour plus conflictuel que jamais -- "que l'on songe à l'affaire Aubrac ou au procès de Maurice Papon"? Nul doute dans ces conditions que ce plaidoyer en faveur d'une mémoire "éclairée par l'historiographie" mais aussi d'une histoire savante capable de ´"réanimer la mémoire déclinante" devrait interpeller les représentants de ces deux communautés. Le risque méritait d'être couru s'agissant de déterminer ce que pourrait être ´"une politique de la juste mémoire". Enjeu d'autant plus brûlant que l'esprit du temps semble bien être en France comme à l'étranger à l'exaspération croissante de certains milieux intellectuels face aux ´"excès" de la mémoire surtout quand ils concernent la Shoah. S'il ne s'agit pas d'en finir avec les spectres d'un siècle tragique: une idéologie montante entend les remettre à une distance considérée comme plus raisonnable. Le souci de réhabilitation d'une "bonne mémoire" manifesté par Paul Ricoeur prend là tout son sens. Une mémoire qu'il refuse de ravaler au rang de simple "province" de l'histoire et dont il souligne qu'elle en demeure en dernier ressort la "matrice" la seule gardienne du fait que quelque chose s'est effectivement passé" -- "ce qu'il nomme sa ´"visée véritative". Voilà qui pourra calmer quelques inquiétudes. Lors de la conférence Marc-Bloch qu'il prononça en "juin dernier à la Sorbonne sur le thème "l'écriture de l'histoire et la représentation du passé", Paul Ricoeur lui-même avait en effet pu donner l'impression de cautionner les procès les plus radicaux faits au "devoir de mémoire" lequel n'était évoqué que sous ses travers pathologiques -- victimisation, plainte. Et de regretter qu'il soit "volontiers convoqué dans le dessein de court-circuiter le travail critique de l'histoire" au risque de refermer "telle communauté historique sur son malheur singulier" et, précisait-il après avoir parlé d'Auschwitz, de la rendre parfois aveugle au malheur des autres" (1). Beaucoup plus complexe et nuancé est le propos de cet ouvrage qui s'impose d'ores et déjà comme une des rares tentatives de cette envergure pour encadrer conceptuellement les relations problématiques qu'entretiennent l'histoire, la mémoire et la justice. Trois ordres, montre-t-il, que séparent des frontières aussi subtiles que mouvantes. Précieuse, cette somme l'est encore par sa démarche quasi encyclopédique. L'auteur y convoque nombre de fréquentations anciennes -- "Platon, Aristote, saint Augustin, Bergson, Derrida, Reinhart Koselleck" -- tout en reprenant son dialogue avec les historiens, de Michel de Certeau à Saul Friedlander, en passant par Pierre Nora et les Américains Yosef Yerushalmi et Hayden White, sans oublier, parmi les sociologues, quelques grands précurseurs, tels Norbert Elias et Maurice Halbwachs, à qui l'on doit La Mémoire collective (1925), une oeuvre fondatrice dont Ricoeur propose une passionnante relecture critique à partir de Husserl. C'est d'ailleurs l'un des grands intérêts de cette entreprise que de faire dialoguer des univers de discours souvent devenus étrangers les uns aux autres. Conçu comme un triptyque -- "un trois-mâts", dit-il"-- le livre nous embarque ainsi pour une exigeante traversée qui, de la mise en place d'une phénoménologie de la mémoireâ nous emmène vers une discussion épistémologique sur la vérité en histoire, domaine cher à l'auteur de Temps et récit (1983-1985), laquelle le conduit enfin à réfléchir, en philosophe, sur les paradoxes de la condition historique elle-même. Une condition qui, en Europe, renvoie à la difficulté du corps politique à faire mémoire des catastrophes de ce siècle de manière "apaisée". "L'ESPRIT DE"PARDON" N'est-ce pas pourtant vers cette ´"mémoire heureuse" qu'il s'agirait de s'acheminer, une société ne pouvant rester "indéfiniment en colère avec elle-même"? Paul Ricoeur procède à cette fin à une analyse rigoureuse des "abus de la mémoire", sans tomber dans ´"l'usage massif et indiscriminé" de cette notion qui prévaut trop souvent. Empruntant à la psychanalyse autant qu'à la critique des idéologies, il montre que c'est surtout quand celles-ci viennent s'intercaler entre la revendication d'identité et les expressions publiques de la mémoire collective que son ambition de fidélité au passé peut Ítre menacée. Fort d'avoir ainsi balisé le terrain, Paul Ricoeur peut donc défendre le devoir de mémoire. Pourquoi représente-t-il pour nous un "impératif"" D'abord parce qu'il renvoie au "devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi". Vient en second lieu l'idée de dette: "ne sommes-nous pas toujours redevables, pour une part de ce que nous sommes, à ceux qui nous ont précédés"? Or, parmi ceux-l¦â une priorité morale revient aux victimes. Ricoeur, certes, ne dénie à l'histoire ni son autonomie ni ses privilèges, notamment cette indispensable "fonction corrective de vérité" qu'elle exerce sur l'immédiateté de la mémoire. Mais on sent néanmoins comme une volonté de rappeler les historiens à l'humilité. Ainsi, dans la façon dont il repose le problème de la capacité de la représentation historienne à prendre en compte la dimension de l'inacceptable à l'épreuve d'un événement comme la Shoah, qui attaque l'essence même du lien de solidarité entre les hommes. Une question qui touche à cet autre défi -"redoutable": jusqu'à quel point le savant, confronté à l'inadmissible, peut-il se dissocier de son obligation à´"rendre des comptes""? Car, comme le philosophe le note très justement, si Auschwitz est un événement "aux limites", il l'est dans la mémoire collective avant de l'être dans le discours de l'historien. Que de ce foyer-là "s'élève l'attestation-protestation", voilà qui place l'historien-citoyen, dans une position nécessairement hybride, "en situation de responsabilité", tant à l'égard du passé que de ses contemporains. Qu'il le veuille ou non, il n'est pas seul face à son objet monstrueux. Mais ne pourrait-on pas rechercher un autre joint entre la morale et l'histoire du côté du pardon cette fois, ce "pardon difficile" qui donne son titre au long épilogue qui clôt l'ouvrage. Qu'en est-il donc "de la mémoire, de l'histoire et de l'oubli touchés par l'esprit de pardon"?", se demande l'auteur, qui suggère la possibilité de délier l'agent de ses actes. Non pas donc oublier les crimes, mais pardonner à l'individu qui les a commis. Si un esprit laïque éprouvera quelque résistance face àune telle perspective, une autre piste, ici esquissée, mériterait peut-être d'être creusée. C'est l'attitude qui consisterait à transformer le jugement porté sur le crime passé en serment d'en éviter le retour. Une voie qui permettrait, sans céder sur la singularité" -- "celle, en l'occurrence, du génocide des juifs par les nazis -- d'en tirer une exemplarité à même de nous rendre moins aveugles à d'autres massacres, de l'ex-Yougoslavie à la Tchétchénie. On suivra le philosophe dans sa volonté de replacer de la sorte la méditation sur le mal "sous la catégorie de la promesse", même si on peut s'étonner qu'il y voie également une façon de l'arracher àce qu'il persiste à nommer "déploration infinie". Pour éviter la répétition du mal, ne faut-il pas au préalable le condamner au fil d'un procès qui, à l'instar même de l'histoire, pourrait bien porter, lui aussi, le sceau de l'"inachèvement". A signaler également le dossier du Magazine littéraire de septembre sur Paul Ricoeur et celui que consacre Esprit à son livre et la réédition de l'ouvrage de Paul Ricoeur et de Mikel Dufrenne, initialement paru en 1947, avec une préface de Karl Jaspers: Karl Jaspers et la philosophie de l'existence, Seuil, 400 pp., 150"F . (1) Le Monde des 15 et 25-26 juin; le texte complet de la conférence a été publié dans Les Annales (juillet-août). LA MEMOIRE, L'HISTOIRE, L'OUBLI de Paul Ricoeur. Seuil, L'ordre philosophique, 676 p, 195 F
| [b] |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 14:54 | |
| Il a écrit dans un texte de jeunesse:
| Citation: | | « Les démocraties sont des ploutocraties... j'avoue avoir éprouvé une véritable angoisse en lisant le discours de Hitler : non que je croie ses intentions pures, mais dans un langage d'une belle dureté - j'allais dire d'une belle pureté - il rappelle aux démocraties leur hypocrite identification du droit avec le système de leurs intérêts, leur dureté pour l'Allemagne désarmée (...) Cette raison me paraît plus décisive que la précédente en faveur de la politique de conciliation : je crois que les idées allemandes de dynamisme, d'énergie vitale des peuples, ont plus de sens que notre idée vide et hypocrite du droit.» |
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|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 14:56 | |
| Voici une citation :
| Citation: | | « Depuis le 11 septembre nous avons régressé sur l’idéal kantien de paix universelle. Pour Kant le signe principal de reconnaissance des peuples consistait en l’hospitalité. Aujourd’hui, nous en sommes loin. » |
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|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 14:59 | |
| et pour finir un article sur le bonhomme, pas très récent l'article...au fond peu importe
| Citation: | Après avoir été longtemps exilé de la scène intellectuelle française, Paul Ricoeur est aujourd'hui redécouvert et remis à sa juste place. La biographie de François Dosse attente de son parcours exemplaire et de l'ampleur de son œuvre. (Paul Ricoeur, Les sens d'une vie, par François Dosse. Ed. La Découverte). Il existe une énigme Ricoeur. Pourquoi l'œuvre d'un des philosophes français les plus commentés à travers le monde fut-elle tenue à l'écart des débats français dans les années 1960 et 1970 ? Comment Ricoeur fut-il exilé de la scène intellectuelle française, intervenant seulement à la marge ? Pourquoi son œuvre fait-elle l'objet, depuis la fin des années 1980, d'une redécouverte (amorcée par le numéro spécial de la Revue « Esprit » en juillet 1988, et la parution en poche en 1991 des trois volumes de « Temps et récit ») ? Pour comprendre cette énigme et cette reconnaissance tardive : un essai substantiel d'Olivier Mongin (« PaulRicoeur », éd.Seuil) contribuait déjà à donner à son œuvre, en dépit des réaménagements conceptuels et des détours, sa cohérence ; un utile commentaire d'Olivier Abel (« Paul Ricoeur, La promesse et la règle », éd. Michalon) abordait sa philosophie politique et juridique ; aujourd'hui une biographie de François Dosse épaisse et ample de presque 800 pages, alors même qu'on annonce un deuxième travail biographique, mis en chantier par Charles E. Reagan aux Etats-Unis. Autant d'indices qui permettent d'apprécier la « présence contemporaine » de Ricoeur. A près de 85 ans (il est né en 1913 à Valence), la vie de Paul Ricoeur offre l'illustration d'un parcours exemplaire dans les méandres du siècle, et son œuvre atteste de l'ampleur des champs parcourus et de sa fécondité. Orphelin précoce après que son père eut été tué au front en 1915, Ricoeur conserva de cet épisode fondateur une obsédante interrogation sur la problématique du mal, de la faute et de la souffrance, ce qui contribua à le rendre, jeune adulte, socialiste (à la SFIO) et pacifiste. Mobilisé en 1939, fait prisonnier, il passe la guerre dans différents oflags de Poméranie, jusqu'en 1945 : dans les camps, il lit Karl Jaspers, donne des leçons à ses codétenus et traduit un ouvrage de Husserl (philosophe allemand interdit, parce que juif), en une écriture minuscule dans les marges du livre, faute de papier, et en utilisant un unique crayon : exemple rare d'amitié pour la langue de l'ennemi, à travers celle de sa victime. C'est après la Libération que Paul Ricoeur, qui contribue dans ces années à faire connaître en France, avec Emmanuel Levinas, Maurice Merleau-Ponty et Jean-Paul Sartre, la phénoménologie allemande, prend contact avec la revue « Esprit ». Il y animera le « groupe philosophie », y tiendra une rubrique régulière (intitulée « Aux frontières de la philosophie ») et s'installera, au milieu des années cinquante, aux « Murs blancs », la propriété qu'Emmanuel Mounier, le fondateur de cette revue, possède à Châtenay-Malabry. Car Paul Ricoeur, à l'instar de Claude Lefort, est un « homme de revue ». Il publie de nombreux textes dans des périodiques souvent marqués par le protestantisme social (« Christianisme socia », « Terre nouvelle », « Réforme » ou encore « Temps nouveaux »). Il est aussi un « ogre de lecture », selon le mot d'Olivier Mongin : il lit et commente avec une endurance étonnante, Hannah Arendt, Eric Weil, Karl Jaspers, Jan Patocka (l'un des trois porte-parole de la Charte 77), mais aussi Claude Lévi-Strauss ou Mircea Eliade, les grands textes de la littérature ou encore le « Grand Code » biblique. Cette multiplication des lectures ajoutée aux difficultés internes de l'œuvre ont pu rendre Ricoeur quelque peu vulnérable aux critiques (ceux qui en font plus un lecteur qu'un inventeur de concepts originaux, comme ceux qui voudraient limiter son œuvre à une théologie masquée, comme si le religieux était le ressort caché d'une pensée qui a pourtant pris soin de proclamer l'autonomie de la philosophie par rapport à la religion). Si le Ricoeur des années 1950 est d'abord phénoménologue, celui des années 1960 s'investit dans les sciences humaines, et notamment dans la psychanalyse freudienne - ce qui suscitera nombre de malentendus avec les lacaniens et les althusseriens. Telle est l'une des explications de l'écho relativement limité de l'œuvre de Ricoeur en France, à une époque dominée par le sartrisme, le lacanisme ou le structuralisme. Dans les années 1970, les préoccupations philosophiques de Ricoeur sont de plus en plus anglo-saxonnes. En contribuant à la diffusion en France de la philosophie analytiques américaine, il apparaît bientôt comme un précurseur. Ainsi entretient-il dès cette période des « conversations » privilégiées avec des auteurs qui ne deviennent des classiques en France qu'aujourd'hui : en se confrontant à John Rawl (l'auteur du monumental « Théorie de la justice »), il noue un dialogue tendu à la fois d'attention extrême mais aussi de profonde réserve autour du thème de la justice sociale. En fréquentant Charles Taylor (le philosophe québécois-canadien multiculturaliste, auteur du célèbre « Sources of the Self ») il retrouve sa propre volonté de faire dialoguer les cultures entre elles. En s'appuyant sur Richard Walzer (et son fondamental « Sphères de la Justice »), il encourage une sortie du débat entre communautarisme et libéralisme, par le haut. Autant dire que ces « conversations triangulaires » sont d'une actualité brûlante. En accompagnement de lectures plurielles et de réflexions philosophiques exigeantes, Ricoeur n'a jamais cédé sur l'impératif d'engagement politique. Et même s'il privilégie, non l'« engagement » sartrien, mais ce qu'il appelle la « déconnexion », une mise à distance de sa propre vie, procédé intrinsèquement philosophique, il n'aura jamais renoncé à intervenir dans l'espace public. Et c'est en cela, aussi, qu'il peut servir de modèle : avoir su garder ses distances avec les idéologies et les philosophies de la radicalité sans transiger sur l'existence politique et le sens de l'Etat ni cesser de défendre un « agir raisonnable ». C'est ainsi que l'insurrection hongroise, puis la répression soviétique de 1956, événement à la « puissance indéfinie d'ébranlement » est à l'origine de son article capital sur « Le paradoxe politique » (Esprit, mai 1957). Impliqué dans les événements d'Algérie et s'élevant contre l'usage de la torture, il est placé en garde à vue à Sceaux. Sensible au malaise de l'université, il accepte d'enseigner à Nanterre en 1966, puis d'être nommé doyen en 1969. S'il a accueilli avec bienveillance le mouvement de mai qui lui a paru une opportunité pour réformer l'université, il quittera pourtant Nanterre un an plus tard, à la suite d'un épisode mesquin devenu célèbre (des étudiants maoïstes lui renversent une poubelle sur la tête ; en 1991, l'auteur de cet « incident », longtemps silencieux et pris de remords, est venu s'excuser), mais, plus fondamentalement, à cause d'un double mouvement qui oppose le cynisme d'un régime, qui vient d'autoriser les policiers à pénétrer dans l'enceinte de l'université, et la politisation extrême des enseignants dans ces « années de poudre » post-68. Même s'il devait progressivement se méfier des sollicitations de la vie publique, Ricoeur restera actif sur bien des fronts : en abordant des thèmes cruciaux comme l'écologie ou les questions soulevées par la bioéthique, en s'impliquant dans les débuts de l'Institut des hautes études sur la Justice et nombre de revues protestantes. Il marchera encore en tête de l'une des premières manifestations contre la guerre en Bosnie le 21 novembre 1992 à Paris et, plus récemment encore, approuvera en novembre 1995 la philosophie générale du projet de réforme de la Sécurité sociale. Car Paul Ricoeur a choisi de situer la question politique au cœur des paradoxes qu'il affronte. C'est alors qu'apparaît son apport substantiel sur le double plan de la philosophie politique et de la philosophie du droit. Il analyse en profondeur la double autonomie du politique : par rapport à la sphère éthique et par rapport à la sphère économique (et c'est bien pour cette raison, en refusant de voir que le politique ne se réduit pas à l'économique, que les marxistes se sont interdits de comprendre le totalitarisme). Ricoeur voit bien que le « problème central de la politique, c'est la liberté » - et c'est pourquoi, dans une approche très américaine, il voudrait réhabiliter le beau terme de « libéralisme politique », anormalement discrédité, selon lui, par sa proximité avec le libéralisme économique. Il retient de Hannah Arendt l'idée d'un « vouloir-vivre ensemble », seul capable d'arrêter le pouvoir sur la voie du totalitarisme et s'inscrit finalement dans une filiation moins optimiste que celle inaugurée par Rousseau : il s'agit non plus de désirer le bien que d'éviter le mal et le pire. Si les années 1960 et 1970 ont éloigné Ricoeur des débats français, on comprend le regain d'intérêt pour son œuvre aujourd'hui, dans une période post-1989 marquée par le retour en force de la philosophie politique. Orientation qui s'insère parfaitement dans la structure ternaire de l'éthique de Ricoeur : estime de soi, sollicitude, institutions justes. A cela s'ajoute bien sûr l'écho grandissant que suscite sa philosophie morale. Au contraire des pensées du soupçon, son œuvre permet en effet d'ouvrir la possibilité de réfléchir et d'agir par soi-même, ou pour le dire en termes ricoeuriens, en reprenant le titre magnifique d'un de ses principaux ouvrages, penser « Soi-même comme un autre ». Au fond, telle est probablement l'une des clés de l'attrait profond de l'œuvre. Resté à l'écart des polémiques, le philosophe protestant a su fonder sa philosophie sur le respect d'autrui selon sa fameuse règle de la réciprocité : « N'exerce pas le pouvoir sur autrui de façon telle que tu le laisses sans pouvoir sur toi. » Après plusieurs décennies de guerres intellectuelles, idéologiquement violentes et tellement françaises, Ricoeur, dont la démarche toute de discrétion et d'humilité a toujours privilégié l'écoute, l'attention infinie à la dissymétrie possible dans le dialogue et pour lequel l'argument de l'adversaire est toujours respecté, montre une voie intellectuelle plus généreuse et peut-être plus apte à guider « l'homme faillible » à travers les malaises de la modernité. In magazine littéraire n° 359 - Novembre 1997 http://www.magazine-litteraire.com/archives/ar_390.htm
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|  | | Simplicius Adepte de la cabale


 Inscrit le : 05 Aoû 2007 Messages : 264
| Sujet: Re: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 15:13 | |
| Et toi, t'as quelque chose à dire sur la "raison narrative" par ex., sur la mémoire, ou sur la revue Esprit ou t'es juste content de faire un copier/coller pour non pas méditer cet auteur ou partager ton point de vue mais juste te faire un avis sur ce que disent - éventuellement - les autres ? Un forum est fait pour échanger, il est vrai, mais si possible à partir d'avis argumentés personnels, et si possible quand on évoque des auteurs autant le faire dans une problématique générale où chacun participe, parce que tout le monde n'a pas l'insigne honneur d'être un petit étudiant en philo ou en littérature. En plus ça éclaire plus intelligemment ces auteurs et donne envie de les lire . Enfin petit détail, il est préférable de mettre des liens (avec commentaires ou extraits c'est mieux) que des textes longs repris in extenso qui fatiguent visuellement. Voilà, j'en ai fini avec ma tirade de raseur.  |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 16:02 | |
| Je te répondrai, Simplicius, que mon quotidien si simple soit-il ne me permet pas de me plonger dans la pensée d'un auteur au point de me sentir capable de la régurgiter avec le travail que réclame une digestion intellectuelle, à mon niveau je participe à soulever des questions. Mais tu as raison, j'aimerai passer tout mon temps dans les lectures et l'approfondissement d'un travail sur la pensée, chacun apporte sa pierre, chacun part d'un endroit et avance...si le texte est trop long, il n'est que l'ouverture d'un fil, j'invite les plus courageux d'entre vous à se pencher sur cet auteur, j'y ai trouvé des réponses intéressantes, nous pourrons en reparler plus tard. |
|  | | Ritoyenne Banni(e) parce que je le vaux bien


   Age : 24 Inscrit le : 25 Fév 2007 Messages : 962
| Sujet: Re: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 16:41 | |
| | A l'occasion de sa mort, France Culture a fait un dossier avec plein de documents audio & interviews de ce philosophe. Vous retrouverez le lien tout seul comme des grands. Tu vois, Majorette ma poulette, moi aussi j'amène ma pierre. |
|  | | Intellocrate Valet apatride du Grand Capital


 Inscrit le : 20 Jan 2007 Messages : 239
| |  | | Berger L'Œil


 Inscrit le : 27 Sep 2006 Messages : 376
| Sujet: Re: La "bonne mémoire" de Ricoeur Mar 16 Oct 2007 - 17:06 | |
| Paul Ricoeur, je ne suis pas du tout un spécialiste, en tous cas de ce que j'ai lu et entendu de sa part, il y a de belles choses (sur le dialogue, la vie, l'éternité, l'éthique) mais comme beaucoup de penseurs protestants (je pense à lui et à Jacques Ellul) ils sont vraiment chiants à lire, ce sont vraiment des "philosophes" . |
|  | | | La "bonne mémoire" de Ricoeur | |
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