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Wahdat al Wujud?

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ALM
Banni(e) parce que je le vaux bien
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MessageSujet: Wahdat al Wujud?   Jeu 21 Fév 2008 - 15:51

''Unicite de l'Etre''; ainsi pourrait-on traduire, sans trop trahir, l'expression soufie de ''Wahdat al Wujud''…

C'est donc d'une doctrine dont nous allons parler ici, mais d'une doctrine dont la richesse est telle que pretendre la resumer, qui plus est ici, serait une marque d'ignorance. Pour ce faire, je me permettrais de prendre pour points d'appuis certains messages ecrits par moi-meme dans un autre Fil, intitule ''ALM vs MEDIATOR'' ''L'etre'', et ce par souci d'intelligibilite.

Le Fil en question debutait par la question suivante:

''L'être en tant qu'être ne peut-il etre autre qu'il n'est s'il n'explique pas lui-même son être?''

La reponse qui suivit consituera le point de depart du present sujet:

''Ma première réaction, en lisant ce message, fut un sourire; j'y ai vu le même type d'acrobaties qu'Heidegger ou que Sartre se complaisaient a effectuer.

S'il fallait donc vraiment trouver un sens a cet amusant postulat, gageons qu'il pourrait être celui-ci :

La logique veut que l'on distingue l'Etre d'avec le devenir ; si l'Etre est permanent et immuable, le devenir, quant a lui, n'en constitue qu'un reflet ou une manifestation. Pour faire simple, disons donc que le devenir est image inversée de l'Etre (cf msgs fil esch).

Coomaraswamy a ecrit un article ayant pour nom : ''La proposition : ''Socrate est vieux'' implique-t-elle forcement que Socrate est ?'' (si ma mémoire est bonne...) Le fond de l'article visait en fait à dégager l'Etre véritable d'avec le devenir, appelé aussi ''existence'' (tout le problème ici repose de beaucoup sur le fait que le verbe ''être'' sert de copule dans les langues occidentales)

Toutes les métaphysiques orientales évoquent cette question, et de manière bien plus claire que bien des penseurs(?) modernes, il faut bien l'avouer. Disons, pour faire bref, que les ''étants'' que nous sommes ne ''sont'' que par participation à ''l'Etre''. En d'autres termes, nous ''sommes'' par procuration, l'une des preuve étant notre naissance et notre mort.

Si donc je ne ''suis'' que par participation, c'est que je suis dépendant ontologiquement ; si je suis dépendant ontologiquement, il me faut comprendre et reconnaitre cette évidence, sans quoi je m'illusionne. Reconnaitre notre rapport de ''servitude'' vis-a-vis de l'Etre (ou Absolu), et l'intégrer, c'est le but de l'homme selon la Tradition.

En reconnaissant que ''je ne suis rien, si ce n'est l'Etre'', donc en mourrant a moi-meme, : ''je suis''; non pas moi, mais l'Etre a travers moi (beaucoup de passage de l'Evangile pourraient être cité ici) Pourquoi le Christ parle de vie dans la mort, ou le Prophète parle de mourir avant de mourir, si ce n'est pour cette raison précise ? J'ai parlé ailleurs et en d'autres termes de cette question ''cruciale'' donc je ne pense pas nécessaire d'y revenir ici. Disons donc pour finir que l'on peut resumer cette question comme suit : Suis-je vraiment si je me méprends sur ma condition ? Non, car je ne ''serais'' que lorsque que je mourrais...''

Quelques messages plus tard, j'entrepris de clarifier, non sans appuis, le probleme de l'Ontologie tel que pose par nombre de philosophes modernes:

''Il me faut rapidement dissiper le mal-entendu ''philosophique'' de l'Ontologie.

A. De Benoist m'écrivait un jour que la Metaphysique doit se résumer à l'Ontologie, faisant sienne la position d'Heidegger sur ce point ; cette position n'est d'ailleurs pas exclusive a la philosophie contemporaine, car on la retrouve fréquemment en scholastique, ce qui est important, car la ''philosophie chrétienne'' a de beaucoup influencée la philosophie moderne.

Pour Heidegger, c'est sensiblement différent ; son goût pour la mystique rhénane en général, et pour Maitre Eckardt en particulier, n'est plus a démontrer. Il est donc plus intéressant, mais doublement coupable : Maitre Eckardt fit justement partie des metaphysiciens véritables.

Je vais donc tacher de vous simplifier la question, en réduisant cette usurpation a néant (!). L'Onto-logie c'est la science de l'Etre, de la permanence. Cette science est donc assurément méta-physique dans la mesure ou elle entend séparer le Contingent de l'Immuable. Est-elle pour autant une Métaphysique intégrale ?

Soyons précis :
• 1) La science de l'Etre, c'est la science de l'Affirmation pure. Dire d'une chose qu'elle ''est'', c'est la definir, c'est l'affirmer : c'est la rendre in-tangible.
• 2) Toute définition, toute affirmation, est par essence limitation. De-finir, c'est retrancher une chose d'une d'autre : c'est discriminer.
• 3) L'Etre est donc la suprême affirmation (la moins conditionnée), et constitue par-là même la première et la plus pure des limitations.
• 4) Donc l'Etre est limite.
• 5) Qui dit limite, dit ''au-delà'': Meta . Il y a donc une meta-ontologie.
• 6) Cette ''méta-ontologie'' est appelée Métaphysique pure et intégrale, car elle est absolue (totale) et inconditionnée. On la désigne aussi par ''théologie négative''.
• 7) L'Ontologie est donc le lien logique entre la Physique et la Métaphysique, comme l'Indéfini est le lien entre l'Infini et le Fini : comme l'Unité est le lien entre le Zéro et le Multiple. (Cf. Msg sur l'Infini)

Conclusions :
• A. de Benoist devrait se cantonner au domaine de l'analyse politique, car il y est manifestement plus a l'aise (Cela vaut aussi pour certains; Soral?); cependant, on ne comprend reellement le particulier qu'en ayant saisi l'Universel au préalable.
• Heidegger, comme Nietzche, est crédible tant qu'il se fait l'écho de la doctrine traditionnelle, mais son problème majeur demeure ses extravagantes et dissolvantes constructions mentales.
• Poser correctement un problème, c'est le résoudre en partie.
• La Métaphysique pure n'est que traditionnelle.''

La base immediate de la definition de l'Etre posee, il nous incombe donc aussi de preciser ce qui est entendu, radicalement, par la notion de ''relatif''.
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ALM
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MessageSujet: Re: Wahdat al Wujud?   Jeu 21 Fév 2008 - 15:55

Relatif, relation, relativiser…

Affirmons d'emblee que l'idee sous-jacente ici, c'est celle de ''relier'', de faire le lien. On dira par exemple: ''cette victoire est relative a…'', sous-entendu ''la cause de cette victoire c'est…'', mais on dira aussi: "tel phenomene est relatif a tel autre'', sous-entendu ''ces phenomenes sont lies car ils presentent un grand nombre de caracteristiques communes''.

On voit donc, par tout cela, que parler de relativite, c'est parler de rapport; constatons aussi que ce rapport est soit equivalence soit subordination: soit horizontal soit vertical. En d'autres termes, qui dit ''relatif'', dit toujours ''relatif a x ou y''.

La relativite etant le conditionnement, il en resulte qu'elle s'assimile de droit au domaine du variable; or comme il est ecrit plus haut, la raison oppose cette idée de condition et de relation a l'idee d'Etre et d'immutabilite. L'Etre est invariable.

Oublions un temps l'opposition, rationnelle (ratio), pour voir intelligement (inter-legere) en quoi ces idees se completent.

L'opposition est complementarite.
L'ombre existe par la lumiere, de la meme maniere, le relatif existe par l'autonome; ce qui apparait derriere ce postulat, c'est l'idee meme de negativite et de positivite.

Si nous conservons cette image, on dira que l'ombre n'est rien, en soi, si ce n'est l'absence de lumiere; l'ombre depend donc de la lumiere: L'ombre est relative (a la lumiere).

On l'a dit, pas de relatif sans ''rapport''. Ainsi compris, on peut definir le relatif comme n'ayant pas en lui-meme sa raison suffisante, sa raison d'etre. On peut des lors poser ceci:

Le relatif pur est negatif de l'Etre.

Mais encore.

L'ombre est, après constat, dotee d'une forme plus ou moins arretee; ce qui determine cette forme, ce sont ses conditions de manifestations. L'ombre diffuse est ''formee'' par ce qui l'environne, l'ombre repartie l'est par ce qui ''l'imprime''; l' homme imprime sa forme sur le sol des qu'il se constitue voile d'une source lumineuse. Si l'ombre depend donc de la lumiere par sa presence, elle est aussi relative a l'homme, en l'espece, par sa forme et au sol par son etablissement.

Envisageons maintenant cette question sous un angle arithmetique. Le multiple, en soi, est relatif a l'unite sans laquelle il n'est rigoureusement rien. Cela etant, un probleme semble se pose ici dans la mesure ou ladite unite est elle-meme relative, finalement; compte-tenu du message sur l'Ontologie, le constat est force. L'unite, bien que source et substance du nombre, est limitee, donc conditionnee. Partant, c'est le zero, et lui seul donc, qui doit etre regarde comme etant ''a lui meme sa propre loi'' (auto-nome).

En reprenant notre image, on assimilera forcement le zero a la pure lumiere, l'unite a l'homme et le multiple a l'ombre sur le sol. On est donc amene a parler de Zero meta-physique, de multiplicite relative, mais aussi de cette Unite qui est l'Homme, l'Etre…

Pourquoi cette derniere remarque?

''Ecce homo''.
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ALM
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MessageSujet: Re: Wahdat al Wujud?   Jeu 21 Fév 2008 - 15:59

''1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement tourné vers Dieu. 3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, 5 et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise.''
Tel est le prologue de l'Evangile de St Jean.

Je ne pense pas inutile de rappeller ici que le Verbe, en tant que Parole de Dieu, est le Christ lui-meme (selon la doctrine chretienne, mais aussi musulmane, c'est important pour la suite).

J'ecrivais dans le Fil ''Blaspheme et reciprocite'' que la Trinite Pere-Fils-St Esprit pouvait etre symbolisee par le Soleil et Son Reflet dans l'Eau; j'ajoutais de plus que l'Eau etait partout symbole de la Sub-stance universelle.

Nous pouvons desormais aller plus loin en affirmant que, ce qui se trouve au fond de l'Eau, la Glaise ou Limon, est le symbole type de la corporalite.

Cette Glaise, c'est le ''sol'' de notre exemple conducteur ombre-lumiere (cf Genese); le Soleil est ici le Zero (O), l'Invariable Milieu (cf Fil ''Eschatologies''), c'est le Pere; le Reflet dans l'Eau c'est le Fils, le Verbe, l'Etre; l'Eau est, elle, symbole du Relatif pur, ou Possibilite universelle. Quant a cette ombre au fond de l'Eau, elle represente le monde corporel, monde par la meme relatif en soi mais existant par ''contre-reflet''. Cette Glaise est donc encore, de par son aspect et sa constitution, symbole du Nihil, du Neant: Du que dalle…

Quel lien entre la corporalite et le ''rien-du-tout''?

Dans un autre Fil (cf ''D. d'organes''), j'expliquais que toute les traditions distinguaient trois mondes, dans le Monde: L'Esprit, l'Ame et le Corps. Contrairement a Descartes qui voulait separer et opposer, la tradition enseigne que rien ne s'oppose en soi et que tout est complementaire; mieux: Distinction. Le limon, ou le corps, n'est rien sans l'Eau, ou l'Ame, elle meme relative a, support et reflet de, la Lumiere, l'Esprit Saint.

Cet Esprit Saint, cette Lumiere Divine, est appele en Islam ''En Nour El Muhammadi'', la Lumiere Muhammadienne (ce qui vient d'etre dit, mis en rapport avec ce qui precede, est lourd de significations); c'est ce Rayon Lumineux qui constitue le fil essentiel unissant les mondes, c'est Lui le critere de distinction entre les differents degrees de l'Uni-vore.

- La ''Wahdat al Wujud'' peut donc se concevoir, a defaut d'etre realisee, comme ce subtil degrade entre la Lumiere pure et l'Ombre, entre l'Essence Divine mysterieuse et le Neant.

- Le Monde est donc ''fruit'' de Lumiere, d'Eau et de Glaise (cf Tetractys pythagoricienne: 1+2+3+4= 10); mais pour autant, le Soleil n'est pas dans l'Eau, le Zero n'est pas dans le Multiple et Dieu n'est pas dans le Monde:

Tout lui est relatif, mais Il n'est relatif a rien: Rien si ce n'est Lui.

La boucle est bouclee,

Salutations.

P-.S: Vous avez pu constater que certains de mes anciens messages etaient important ici, je vous en liste donc les liens.

http://vraishommes.frbb.net/fosse-de-babel-f17/blaspheme-et-reciprocite-t2652-40.htm

http://vraishommes.frbb.net/raymond-la-science-f7/dons-d-organes-vous-le-feriez-t2806-100.htm

http://vraishommes.frbb.net/fosse-de-babel-f17/eschatologie-judaismes-christianismes-et-islams-t2296-80.htm
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JOHN
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MessageSujet: Re: Wahdat al Wujud?   Jeu 21 Fév 2008 - 22:18

ALM a écrit:
• 3) L'Etre est donc la suprême affirmation (la moins conditionnée), et constitue par-là même la première et la plus pure des limitations.

Cioran (1911-1995) dans Cahiers, p720 :

« Le concept d’Être ne s'applique pas à la vie. Ou plutôt : la « vie » comporte dangereusement peu d'être.
Le concept d'être ne s'applique qu'à Dieu, qu'à l'inconcevable. »

+ voir aussi ces autres citations de la 2ième partie de ce post :
http://vraishommes.frbb.net/fosse-de-babel-f17/morale-et-religion-t1805-40.htm#22398

ALM a écrit:
• 4) Donc l'Etre est limité.

Cioran (1911-1995) dans Aveux et anathèmes (1987), chap. « Face aux instants » :

« Dieu est l'être conditionné par excellence, l'esclave des esclaves, prisonnier de ses attributs, de ce qu'il est.
L’homme, au contraire, dispose d'un certain jeu dans la mesure où il n'est pas, où, ne possédant qu'une existence d’emprunt, il se démène dans sa pseudo-réalité. »

ALM a écrit:
• 5) Qui dit limite, dit ''au-delà'': Meta . Il y a donc une meta-ontologie.

Cioran dans Cahiers, p38 :
« On a toujours quelqu'un au-dessus de soi ; par-delà Dieu même s'élève le Néant. » *

* [Repris tel quel dans Aveux et anathèmes (1987), chap. « Exaspérations »]
_________________
"Il n’existe dans la nature que quelques rares espèces d’oiseaux pour se démontrer aussi peu instructifs, aussi cons, aussi faciles à duper que ces enfiotés de souchiens d’Aryens…" (Céline)
"N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi." (Cioran)


Dernière édition par JOHN le Ven 18 Juil 2008 - 21:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Wahdat al Wujud?   Lun 19 Mai 2008 - 23:54

''par-delà Dieu même s'élève le Néant''

Il s'agit ici de ne pas confondre ''ce Neant qui est Tout'' avec ce ''tout qui n'est rien'', pour reprendre la tradition taoiste. Le Neant ici, c'est l'indicible Realite; Guenon en parle comme de ''Non-Etre'', Schuon comme de ''Sur-Etre''...

Maitre Eckardt, reprenant St Paul, pourrait aussi etre cite ici: ''Et ce Neant etait Dieu''.

Ces choses sont, je le disais, d'une richesse telle que dix volumes ne suffiraient pas a les traiter.

J'invite au demeurant a faire attention a la facon dont Cioran les aborde; autant quelqu'un au fait de tout cela comprendra ce qu'il veut dire, autant quelqu'un en ignorant tout pourrait se meprendre sur leur portee veritable.

Je remercie tout de meme John de nous montrer comment des auteurs aussi meconnu que Cioran, ou Celine, cachaient bien leur jeu...

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grib a écrit:
merci ALM, comme disait le poete: "Ombre tantôt...puis lumière"

"une seule ombre un seul être manque
celui qui va parmi la foule
dans l'obscurité du nombre"


De rien grib...

Pour ceux que le ''sujet'' (il m'est difficile d'employer ce terme tant cette question nous concerne dans l'instant) interesse, je recommande vivement le grand livre de l'Emir 'abd al Qadir (abdelKader) intitule ''Le Livre des Haltes''.

Deux livres nous en presentent des extraits en langue francaise:

- ''Le Livre des Haltes'', trad et comm par A. Penot, ed Alif.
- ''Ecrits spirituels'', trad et comm par M. Chodkiewicz, ed du Seuil.

Voila!

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Jusqu'là, j'avais pris le parti de présenter la doctrine de "l'Unicité de l'Etre" sous la forme d'une brève synthèse; j'aimerais maintenant poursuivre cette présentation en adoptant la perspective inverse, dite Johnienne, en reproduisant ici une suite de citations sur le sujet.

Pour commencer, et dans la continuité du message precèdent, voici quelques extraits du "Livres des Haltes" de l'Emir abdu-l-Qâdir:

"Dieu (al-Haqq : la Réalité suprême), qu'Il soit exalté!, m'a dit : "Sais-tu qui tu es?" Je répondis : "Oui, je suis le néant, je suis la ténébre illuminée de Ta lumière." Il m'a dit alors : "Puisque tu le sais, persévère fermement et garde toi de revendiquer ce qui ne t'appartient pas : car le dépôt doit être remis à son propriétaire, et l'emprunt restitué. Le nom "contingent" est tien depuis toujours et le sera pour toujours.

Il me dit encore : "Qu'est-ce que tu es?" Je répondis : "Je suis deux choses, selon deux rapports différents. En tant que Toi, je suis l'Eternel depuis toujours et à jamais, je suis l'Etre nécessaire qui s'épiphanise. Ma nécessité procède de l'exigence de Ton essence et mon éternité de l'éternité de Ta science et de Tes attributs. En tant que moi, je suis le pur néant qui n'a jamais respiré le parfum de l'existence. Je ne possède l'être qu'aussi longtemps que je suis présent avec Toi et pour Toi. Rendu à moi-même et absent de Toi, je suis celui qui n'est pas tout en étant."

Il me dit ensuite : "Et Moi, qui suis-Je?" Je répondis : "Tu es l'Etre nécessaire par Soi, seul parfait en Son essence et en Ses attributs. Mieux : Tu transcendes par la perfection de Ton essence la perfection de Tes attributs. Tu es le Parfait nécessaire, en tout état, le Transcendant à l'égard de tout ce qui peut venir à l'esprit."
Il me répondit : "Tu ne me connais pas!""

Plus loin :

"S'ils sont incapables de voir Dieu dans les formes où Il se manifeste et les déterminations particulières qu'Il s'assigne, si leurs yeux sont couverts d'un voile qui les empêche de se souvenir de Lui dans le moment même où ils perçoivent les formes manifestées, s'ils ne peuvent entendre Sa parole, c'est en raison de leur attachement exclusif à la transcendance divine, telle que la conçoivent leurs intellects, sans que cette transcendence soit chez eux mitigée par l'immanence dont elle est inséparable dans la Loi sacrée. Ils n'ont pas su qu'Allah est infiniement transcendant et exalté au dessus de toute inhérence, de toute union ou de tout mélange avec la créature, dans le moment même où, sous le rapport de Son nom l'Apparent, Il se manifeste dans les formes et est donc appréhendé par tous les sens, perçu par tout organe de perception, interne ou externe. C'est Lui que voit le sens de la vue, Lui qu'entend le sens de l'ouïe, Lui que touche le sens du toucher, car Celui qui Se manifeste est l'essence même de ce qui Le manifeste. L'Imam des gnostiques, le shaykh Muhyiddin ibn 'Arabi a déclaré :

Si tu dis que Dieu te transcende,
Ta Loi sacrée affirme qu'Il est à portée de main
Et elle affirme aussi, pourtant, Sa transcendance.
Sois conscient de ceci et cela
Malgrè l'infirmité de ton intellect.

Chaque fois que, dans le Coran où la Sunna, se trouve des expressions qui impliquent Son immanence, elles correspondent au degré de Sa manifestation et de Sa détermination par les formes qui Le manifestent en vertu de Son nom "L'Apparent". Chaque fois que s'y trouvent des expressions de Sa transcendance, elles correspondent au degré de Son retrait des formes en vertu de Son nom "Le Caché"...

Poême:

Je suis Dieu, je suis créature; je suis Seigneur, je suis serviteur

Je suis le Trône et la natte qu'on piétine; je suis l'enfer et je suis l'éternité bienheureuse

Je suis l'eau, je suis le feu; je suis l'air et la terre

Je suis le "combien" et le "comment"; je suis la présence et l'absence

Je suis l'essence et l'attribut; je suis la proximité et l'éloignement

Tout être est mon être; je suis le Seul, je suis l'Unique...""

Fin de citations.
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