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Yin et yang, filles et garçons, ginseng et dang gui

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MessageSujet: Yin et yang, filles et garçons, ginseng et dang gui   Sam 1 Mar 2008 - 18:31

J'ai mis un peu de temps à trouver le lieu de cette discussion, dont la matière est tirée du fil sur les tournantes. Je voulais d'abord la mettre dans Fosse de Babel mais je me connais, tel que c'est parti je sais qu'on ne va pas tarder à parler cuisine, bouillons de sorcière et pharmacopées bizarres, donc plaçons-la sous la tutelle des divinités du Feu domestique.

C'est parti d'une observation de Lutfi :

Citation:
Pour ce qui est de la féminisation de la société contemporaine, on pourrait peut-être en faire une étude à partir des critères traditionnels sur le Yin et le Yang. Je ne suis pas sûr que l'on retrouverait toujours un déséquilibre en faveur du Yin, comme semble l'indiquer la couverture du livre de Soral (qui d'ailleurs dit en fait le contraire, car c'est le blanc qui est Yang, curieuse erreur, ou "lapsus" révélateur?). Dans certains domaines, il semble bien qu'il y ait un déséquilibre en faveur du Yin, et c'est le cas de la nourriture: avec une amie japonaise nous avions remarqué, en consultant un livre sur la question, que l'essentiel de la cuisine quotidienne en France aujourd'hui était Yin, au contraire du Japon où les tendances restent équilibrées. Mais constater une prédominance excessive du Yin dans ce domaine ne veut pas dire que l'on ne retrouverait pas le déséquilibre inverse dans d'autres domaines.


À laquelle je réponds :

Remarques très intéressantes, Lutfi, et qui méritent d'être poussées plus avant.

Toutefois je les tempérerai en observant qu'on aurait tort de poser les principes en tant que femme = yin et homme = yang.
Yang est a priori présenté comme le "principe masculin", yin comme le "principe féminin", mais dans la réalité du taoïsme cela ne correspond pas à des considérations sexuelles ou même de genre. Ce sont des principes, rien de plus, et des principes qui se modulent. Dans l'absolu, l'homme n'est pas plus yin ou yang que la femme et inversement. L'homme est considéré comme yang "à l'extérieur", ce qui correspond à une nature yin intérieure, et c'est inverse pour la femme. De même, le yin féminin est une nourriture pour le yang de l'homme, et vice versa. Enfin, dans certaines maladies à prédominance yin (par exemple une rhino-pharyngite), il est déconseillé d'absorber des nourritures yang tant que le plus fort de la maladie n'est pas passé, car le yang apporté de l'extérieur aurait pour effet de nourrir le yang de la maladie et non le yang du malade... Tu vois, c'est pas simple.

Je ne crois donc pas que les principes yin ou yang aient une vraie signification dans l'orientation sexuelle (au sens de "féminisation" ou de "masculinisation") d'une société. Je ne crois pas non plus que la prédominance de nourritures yin dans une culture soit le signe d'une féminisation de cette culture, étant donné que corréler automatiquement le yin au féminin est un tic philosophique beaucoup plus occidental qu'asiatique (l'Occident est épris de causalité mécanique, l'Orient beaucoup moins).

D'ailleurs en ce qui concerne les nourritures yin ou yang, on est très loin d'avoir un répertoire précis en la matière. Bien sûr les Cantonais et autres Chinois traditionnels savent à quoi s'en tenir sur le caractère yin ou yang des substances qu'ils ingèrent, mais ce savoir est loin d'être partagé par tous, et il a tendance à différer, parfois de façon radicale, selon les écoles et les pays. Sans compter que ce savoir concerne plus l'alimentation traditionnelle que l'alimentation moderne de type international, sur laquelle il n'a pas forcément prise. La chose est encore compliquée par certains vulgarisateurs de l'alimentation de type taoïste, le plus redoutable ayant été George Ohsawa (promoteur de la macrobiotique, qui a par ailleurs causé des ravages physiologiques que je ne rappellerai pas ici), qui a élaboré à l'usage exclusif des Occidentaux crédules une diététique prétendument posée sur des bases asiatiques mais largement fantaisiste en ce qui concerne les bienfaits de certains aliments (riz complet par exemple) et, surtout, sur la classification yin et yang des aliments. Je mentionne Ohsawa parce que sa classification yin-yang continue à influencer de nos jours ce type de réflexion.
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Lutfi
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MessageSujet: Re: Yin et yang, filles et garçons, ginseng et dang gui   Sam 1 Mar 2008 - 18:59

Oui, moi aussi j'avais pensé à la Fosse de Babel. En fait, l'évolution de la discussion pourrait conduire à y revenir, mais c'est vrai que commencer par la cuisine, dans ce cas, c'est peut-être le moyen d'aborder le sujet de la manière la plus sérieuse et la plus objective.
En Inde, on considère que l'on devient ce que l'on mange, et c'est la raison des interdits alimentaires. Adin Steinsaltz considère que le fait de manger se rapporte le plus directement au culte du Temple, surtout depuis la disparition de celui-ci. Tout ceci pour rappeler la fonction centrale de l'alimentation pour le développement spirituel de l'être.
Mais entre l'Extrême-Orient, l'Inde, et le monde sémitique, il y a de vraies différences de perspective.
En Inde, ce qui compte, ce sont les Gunas, c'est à dire Sattwa, Rajas et Tamas. Sattwa étant la tendance vers la spiritualité, Rajas la tendance à l'expansion horizontale, et Tamas la tendance à l'obscuration. Il y a donc des aliments sattwiques, des aliments rajasiques, des aliments tamasiques et selon l'orientation que nous voulons donner à notre vie, les uns ou les autres sont recommandés.
La distinction entre Kasher et non Kasher, ou entre Hallal et non Hallal est encore différente.

La distinction entre le Yin et le Yang, eh bien c'est le sujet du fil.
Là je parle sur le contrôle de Nada, mais il me semble que beaucoup d'aliments de la cuisine française quotidienne sont considérés comme Yin: la salade, la viande, la plupart des poissons, les produits laitiers, le chocolat, etc.
Evidemment, si ce que j'ai entendu dire venait d'Osawa, cela serait sujet à caution. Malheureusement je ne connais pas mes sources.

En revanche, si les mots Yin-Yang se rapportent directement à l'Extrême-Orient, il semble bien que toutes les cuisines traditionnelles soient équilibrées sur le plan Yin-Yang, ce qui indiquerait qu'il s'agissait à l'origine d'une science connue universellement.

Sur le Ginseng, j'ai entendu dire que c'était justement l'aliment le plus Yang qui soit. C'est une plante curieuse, car elle semble apprentée à la mandragore, donc une plante qui participerait d'une manière subtile à la nature de l'humain.

Pour revenir à tes remarques sur l'autre fil, Nada, je ne suis pas sûr que l'on puisse contester que le yin se rapporte au féminin et le Yang au masculin. Mais ensuite, il est évident que le point Yin dans la surface Yang et le point Yang dans la surface Yin ont une importance essentielle.
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MessageSujet: Re: Yin et yang, filles et garçons, ginseng et dang gui   Dim 2 Mar 2008 - 3:24

Lutfi a écrit:

La distinction entre le Yin et le Yang, eh bien c'est le sujet du fil.
Là je parle sur le contrôle de Nada, mais il me semble que beaucoup d'aliments de la cuisine française quotidienne sont considérés comme Yin: la salade, la viande, la plupart des poissons, les produits laitiers, le chocolat, etc.
Evidemment, si ce que j'ai entendu dire venait d'Osawa, cela serait sujet à caution. Malheureusement je ne connais pas mes sources.

"Considérés comme yin", ça ne veut pas dire grand-chose. Le même aliment sera tendance yin ou yang selon les circonstances de sa préparation et même de sa consommation. Salades, produits laitiers, viande, poissons et même chocolat, rien de tout ça ne peut être estampillé yin ou yang puisque chaque catégorie n'est constituée que de cas particuliers : il y a des plantes yin ou yang qui s'accommodent en salade, pour les produits laitiers tout dépend de leur degré de fermentation ; pour les viandes ça dépend de l'espèce animale ; pour les poissons ça dépend de l'endroit où on le pêche et de son degré de dessication ; etc. — et pour tout ça la cuisson peut faire une différence.

Pour ce qui est des alimentations traditionnelles qui seraient toutes "équilibrées yin-yang", il faudrait d'abord qu'on sache de façon universelle et absolue ce qui est yin et yang en tant qu'aliment, or ce n'est pas le cas. En outre, on commet souvent l'erreur d'omettre le fait qu'il y a des nourritures et des substances neutres, qui ne sont ni yin ni yang, et d'autres qui sont les deux à la fois. Je crois beaucoup à l'équilibre intrinsèque des cuisines traditionnelles mais je crois qu'il doit être cherché au moyen d'une autre grille de lecture.

Citation:
Sur le Ginseng, j'ai entendu dire que c'était justement l'aliment le plus Yang qui soit. C'est une plante curieuse, car elle semble apprentée à la mandragore, donc une plante qui participerait d'une manière subtile à la nature de l'humain.

Je ne suis pas sûre que le ginseng soit la substance la plus yang, il a pas mal de concurrents sérieux... du cordyceps à l'hippocampe en passant par la corne de cerf. Surtout, il y a des ginseng yang et des ginseng yin, par exemple le ginseng américain est yin. Cette plante a aussi son pendant féminin, l'angélique chinoise (dang gui) qui est... yang.

Citation:
Pour revenir à tes remarques sur l'autre fil, Nada, je ne suis pas sûr que l'on puisse contester que le yin se rapporte au féminin et le Yang au masculin. Mais ensuite, il est évident que le point Yin dans la surface Yang et le point Yang dans la surface Yin ont une importance essentielle.

Je ne parlais absolument pas des deux points dans le tai ji : mon propos était ailleurs. Je disais seulement que yin et yang ne représentaient pas, stricto sensu, l'homme et la femme ; ils représentent la polarité, or homme et femme ne sont pas que polarité. Je veux dire par là qu'on ne peut pas dire "c'est yin, donc c'est féminin, ou c'est yang, donc c'est masculin."

Je n'ai pas dit que le yin ne se rapporte pas au féminin et le yang au masculin, en tant que principes s'entend. Bien entendu qu'ils se rapportent à l'un et à l'autre en tant que principes. Mais on ne peut pas affirmer de façon schématique que le yin se rapporte à la femme et le yang à l'homme. Ce sont des principes que les deux sexes incarnent de façon mouvante et complexe, entre visible et caché, latent et manifesté, interne et externe, et dans des proportions qui varient sans arrêt et selon les personnes. Yin et yang sont des repères de polarité, appartenant aux domaines de la pensée et de l'énergie, et les façons dont s'incarne cette énergie ne se laissent pas simplement définir. En tout état de cause il me semble inutile de chercher à fonder une réflexion sur le yin et le yang sans se pencher d'abord sur la culture taoïste populaire chinoise, car celle-ci contient d'autres principes complémentaires sans lesquels le yin et le yang restent juste deux concepts sans réel contenu. Autrement dit, on ne peut pas saisir ce que les Chinois ont identifié sous forme de yin et de yang — dans l'ensemble comme dans les détails — sans connaître le contexte au sein duquel ils sont censés agir.

Connaissance que partagent bien évidemment les doctrines et pharmacopées (l'alimentation faisant partie de la pharmacopée) des pays asiatiques qui partagent ces racines taoïstes mais qui a été plus que malmenée ailleurs à travers des interprétations hors contexte. Mais on peut dire la même chose d'autres systèmes asiatiques tels que le bouddhisme, l'hindouisme, le yoga, etc.
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