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Crise d'adolescence ?

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Protea
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Ven 18 Jan 2008 - 10:04

C’est vrai, le freudo-marxisme c’était les années 1970 et encore un peu le début des années 1980. Mais quand on est « sans âge » et lecteur du Clouscard préfacé par Soral, on peut se projeter vers une époque révolue.

En quoi suis-je libre ? Pris dans le réseau des innombrables herméneutiques et nécessités dont m’enserrent le pouvoir et le désir, l’idéologie et la technique, la planification et la production, je ne puis aucunement me prétendre empiriquement libre, « faire ce que je veux » comme dirait l’ado. D’abord, parce que je ne sais pas précisément ce que je veux, ensuite parce que les nécessités qui maîtrisent ma non-liberté m’en empêchent. Mais du moins, je sais parfaitement que tout acte mien (ou même seulement supposé tel, dans le cas où je suis agi), subira l’assaut d’une quelconque herméneutique réductrice, qui le prétendra déterminé. Mais justement, je suis ici toujours encore libre d’opposer une contre-herméneutique à cette herméneutique réductrice ; je suis libre de passer outre.

Par exemple, si j’aime quelqu’un et m’assure d’aimer cette personne pour elle-même (et non par fantasme), les idéologues les plus brillants pourront toujours chercher à réduire ce qui me parait un élan libre aux intérêts dissimulés de mon désir. Je ne serai sans doute pas capable ni libre de récuser leurs déductions. Mais je reste absolument libre de persister à aimer cette personne. En quoi je m’abandonne peut-être à un déterminisme délirant qui va faire ma perte (ou mon bonheur) ! Qu’importe en un sens l’issue : seule importe ici ma liberté d’assumer l’incertitude. Je suis libre, non parce que je connais les déterminations de mon choix (Spinoza) mais parce que je peux les tenir pour parfaitement indifférentes. « Liberté d’être libre » pour les grands ados que nous sommes ne sonne pas redondant. C’est ce qui nous reste pour niquer les filousophes.


Dernière édition par le Ven 18 Jan 2008 - 16:28, édité 1 fois
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Donotherase
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Ven 18 Jan 2008 - 15:47

Sujet trés intéressant...

(Désolé j'ai pas encore eu le temps de tout lire, j'ai du mal avec les gros posts intellectuels).

En tout les cas, juste un truc :

Citation:
Bah, tu sais... étant un chtit, je dois bien reconnaître que les seuls endroits où les gens pouvaient décéder lors de leurs travails, c'était dans les mines. Quasiment, nulle part ailleurs. Laughing Laughing Laughing


Te marres pas trop parce que dans le lycée où j'était, toutes les fenêtres était vérouillées, celles qui étaient en hauteur ne pouvait pas s'ouvrir en grand, et même derrière, y avait des filets !

Je sait pas si c'était suite à un incident ou non, mais tu serait étonné du nombre de personne qui décèdent dans les lycées/collège. J'ai eu l'occasion d'entendre un témoignage d'un bonhomme qui avait retrouvé un pote pendu dans un placard.

Ce qui nous permet de revisiter la célèbre vanne de J.F. Kennedy :

Citation:
C'est vrai que le [...] n'est pas un système parfait, mais nous au moins on a pas été obliger de mettre des filets sous les vitres des lycées pour empêcher notre jeunesse de se jeter !


Se jeter/s'enfuir c'est un peu pareil...
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Kiki
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Ven 18 Jan 2008 - 16:09

Donotherase a écrit:
Je sais pas si c'était suite à un incident ou non, mais tu serais étonné du nombre de personne qui décèdent dans les lycées/collège. J'ai eu l'occasion d'entendre un témoignage d'un bonhomme qui avait retrouvé un pote pendu dans un placard.


Oui, l'adolescence est et reste tout de même un cap difficile. D'autant plus si la personne ne peut pas s'accepter elle-même. Mais avoue que c'est, bien plus souvent, plus dû à leurs propres adolescences qu'à leur travail d'étudiant.
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Simplicius
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Ven 18 Jan 2008 - 17:29

Protea a écrit:

C’est vrai (...) seule importe ici ma liberté d’assumer l’incertitude. Je suis libre, non parce que je connais les déterminations de mon choix (Spinoza) mais parce que je peux les tenir pour parfaitement indifférentes. « Liberté d’être libre » pour les grands ados que nous sommes ne sonne pas redondant. C’est ce qui nous reste pour niquer les filousophes.


Je ne cerne pas très bien la raison de ton identification (confusion ?) entre approche critique et idéologie, et l'exemple de mandarins universitaires (il y en a toujours au demeurant, la vocation de l'institution ne se réduisant pas à cela) ou plus prosaïquement de ceux qui croient détenir la vérité (dogmatiques) ne la justifie en rien car à un exemple il n'est rien de plus aisé que de trouver un contre-exemple.

Attention ! Je ne dis pas qu'il ne peut y avoir glissement de l'un à l'autre, par exemple de la science au scientisme (où on passe vite fait bien fait du jugement de fait au jugement de valeur), je dis juste que ne pas les discerner est souvent parade de la raison paresseuse. Cette querelle de la nécessité et de la liberté, d'où ma brève allusion à Jackie le fataliste, en reste toujours au stade de l'entendement, au fonds une problématique de philosophie de terminale, une de ces éternelles questions insolubles qui interpellent nombre d'ados justement, en périphérie de cette historicité qui nous constitue et tisse notre monde, celle précisément que Clouscard, puisque tu cites ce polémiste politique, assume à sa manière, avec les excès inhérents, en briseur de certaines idoles.

Prenons l'exemple de la psychanalyse, ceux qui ont soutenu son extension (illégitime le plus souvent) à d'autres domaines, bref qui ont prêché du freudisme (voire du pansexualisme à la kiki geek ) se sont bien vite éloigné d'une discipline (en devenir comme Freud lui-même le précisait) qui reste avant tout une pratique thérapeutique dont Lacan le sophistique ou Dolto la femme de terrain (que lolo jugeait rapidos dernièrement, ça lui épargne la fatigue de la lire mais pas la nôtre de le lire) ont rappelé l'exigence d'une éthique indissociable de cette pratique. Dirais-tu que les dérives idéologiques suffisent à invalider l'hypothèse de l'inconscient dans l'étude de l'appareil psychique nonobstant la critique de certaines analyses tributaires de leur époque ?

Quant à ton exemple du choix amoureux, relevant avant tout de l'existentiel, de l'ouverture à un autre, c'est un cas (particulier car ce n'est pas le modèle de tout choix) non réductible bien évidemment à toutes les théories sur les passions, il illustre néanmoins bien en quoi si ce n'est pas la connaissance qui donne sens, celle-ci peut toutefois y contribuer concernant certains aspects de ce rapport. Se retrancher, non sans humour, derrière ce que tu nommes la liberté d'indifférence (celle dont Cioran rusé sceptique épris de mystique sait non sans malice jouer et déjouer, Jojo te l'expliquerait sans nul doute mieux que moi), c'est oublier qu'elle n'est jamais que le plus bas degré de la liberté.

L'ontologie de la révolte reste simple flamme adolescente si elle se refuse aux rapports de pouvoir qui nous constituent, si elle déroge à ce face-à-face propre avec la modernité ("Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à Charrue. – Quel siècle à mains !"). Comme le rappelait le poète et résistant René Char dans Fureur et mystère (1962) sur le silence de Rimbaud s'en étant allé en Bamboulie (copyright Dieudo) trafiquer des armes :

Citation:

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d'abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l'enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme! On ne peut pas, au sortir de l'enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

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Donotherase
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Ven 18 Jan 2008 - 19:32

Kiki a écrit:
Oui, l'adolescence est et reste tout de même un cap difficile. D'autant plus si la personne ne peut pas s'accepter elle-même. Mais avoue que c'est, bien plus souvent, plus dû à leurs propres adolescences qu'à leur travail d'étudiant.


Le problème, c'est que comme dit plus haut "l'adolescence" est un concept inventé pour faire oublier que c'est le Système qui est résponsable de tout ça.

L'adolescence n'existe pas, le jeune enfant commence à penser, à "vivre" par lui-même et se pose des questions... Il faut voir comment ce "phénomène" est étudier à la télévision par des "psychologues"... Genre les mecs sont tout étonnés "purée vous vous rendez compte ? Il se pose des questions sur le monde et la vie !".

Et alors faut voir les solutions... "Le rassurer" "Le faire suivre" ect... On a l'impression qu'on parle d'un animal.

Dans les faits, l'Etat est censé jouer le rôle du père là où la société représente la mère... C'est à dire que l'Etat est censé prendre en charge le gamin et lui montrer la voie à suivre, pour qu'il se perde le moins possible.

Hors ici c'est tout le contraire qui arrive, comme nous sommes dans un Système basé sur le mensonge, il faut a tout prix éloigné le futur adulte de la Vérité et de la réalité, voilà pourquoi tout est fait pour le perdre, le rendre malheureux et dépressif, de telle sorte à ce que plus tard, quand il se sera convaincu qu'il n'est qu'une merde et que tout les rêves et tout ce qui le portait petit est brisé, et bien il baise tranquillement le cul du gentil Système qui viendra le sauver en lui proposant une chaîne confortable pour l'enchaîné à un système de pensée qui le sauvera de toutes ces erreurs et de tout ces égarements... Dont on l'aura convaincu qu'il est le seul résponsable.

Dans ce processus nous pouvons remercier les psys qui jouent un rôle majeur dans le fait de convaincre un bonhomme que tout est de sa faute.

Soral en parle dans une de ces vidéos, l'important, c'est que parmis toute cette jeunesse damnée, les quelques individus isolées qui sont réellement déstinées à autre chose qu'à bouffer du foin, arrivent à se regrouper et à se rendre compte que ce ne sont pas eux qui ont un problème, mais les autres.

Il ne faut pas se leurrer, on le sait les masses sont bêtes, faites pour être diriger par un Etat "totalitaire", et dans se sens on peu dire que n'importe quel type de système est forcément "totalitaire", puisque le peuple ne peut pas être dirigé autrement.

Et lorsque les moutons sont paniqués et tombent dans un ravin, c'est la faute au berger pas aux moutons.

Ici non seulement on ne les empêche pas d'y aller, mais on les y pousse de force !
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Protea
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Sam 19 Jan 2008 - 1:23

L’adolescent ne fera pas forcément la différence entre science et scientisme, de même que, sur le forum, beaucoup d’ados prolongés (dont je suis sous certain rapport) vont considérer à tort les religions, surtout monothéistes, comme un système d’oppression et d’aliénation, au même titre que les sectes judéo-protestantes américaines par exemple. Je ne chercherai certainement pas à invalider l’hypothèse de l’inconscient, mais préfère l’envisager dans un perspective jungienne plutôt que freudienne. Je laisse le divan aux nostalgiques inconscients du confessionnal.

L’indifférence aux déterminismes n’est pas ignorance. Pour l’ado ignorant (qui a « beaucoup à apprendre »), c’est sans doute une limitation et aussi un pied de nez facile au « système ». Mais pour l’adulte, c’est autre chose. L’indifférence implique certes un droit à l’erreur, mais pas uniquement, puisque c’est aussi la réduction herméneutique qui peut induire en erreur. Plus qu’un droit à l’erreur, la liberté réclame un droit à l’errance. Errer, avancer sans repère (entre la gauche sociale et la droite sociétale, par exemple) revient à la liberté parce qu’elle ne se décide que par elle-même. Si devant le tribunal de la puissance idéologique et technicienne, je perds ma liberté, du moins me demeure la liberté de me décider comme si j’étais libre de me décider. La liberté impossible au premier degré (à cause de Marx, Freud, Guénon, etc.) reste imprescriptible au second degré : je peux décider, contre toute raison, que c’est bien moi qui décide, à la fin, de moi. Dommage que Ravachol se soit fait hara-kiri sur ce forum. Sa liberté n’était peut-être pas aussi illusoire qu’elle semblait l’être.
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JOHN
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Dim 20 Jan 2008 - 0:17

Donotherase a écrit:
Soral en parle dans une de ces vidéos, l'important, c'est que parmi toute cette jeunesse damnée, les quelques individus isolées qui sont réellement destinées à autre chose qu'à bouffer du foin, arrivent à se regrouper et à se rendre compte que ce ne sont pas eux qui ont un problème, mais les autres.

A ce sujet, il y a ce passage de Rober Dun (1920-2002) dans son incroyable roman LE GRAND SUICIDE, 1914 - 1939 – 19.. ? (1984) au (premier) chap. « Les années trente », p.65 :
Citation:
« [De retour chez lui, après sa nuit torride chez Simone – fille « chassée » la veille dans la rue)] Il se disait qu’après tout les filles étaient peut-être plus importantes que la révolution, mais en même temps il restait incrédule vis-à-vis de lui-même. Il se sentait comme dans une demi-ivresse. Il pensa soudain à un proverbe chinois que [son ami anarchiste] Gaetano citait souvent : « Les poissons morts nagent avec le courant. » Et d’un seul coup il fut de nouveau lui-même. La superficialité, l’indifférence, le conformisme, la servilité, c’était bon pour les montons, les demi-portions et les couilles molles imbéciles. Il n’était pas un imbécile et ne réussirait jamais à le devenir, quoi qu’il fasse pour se mettre au diapason des autres. Il lui faudrait organiser sa vie en tenant compte de sa personnalité. De toute façon on ne se refait pas, et il n’avait nulle envie de se refaire. »


Donotherase a écrit:
Il ne faut pas se leurrer, on le sait les masses sont bêtes, faites pour être diriger par un Etat "totalitaire", et dans se sens on peu dire que n'importe quel type de système est forcément "totalitaire", puisque le peuple ne peut pas être dirigé autrement.

Je ne sais pas si le peuple ne peut « être diriger autrement » mais entre le système « totalitaire » et la dictature cachée des puissances financières de la « démocratie » il existe peut-être un système intermédiaire – que dis-je, il a toujours existé un système (plus ou moins) intermédiaire, à savoir la monarchie/l’aristocratie (plus ou moins) représentative… :
http://vraishommes.frbb.net/mondo-2008-f5/la-laicite-c-est-de-la-merde-t593-40.htm#55468

+ (re)voir la 1ère citation de Julius Evola (1898-1974) dans l’ANNEXE ici :
http://vraishommes.frbb.net/hybride-f6/le-pen-le-roi-et-limpasse-de-la-republique-t234.htm#4002

Sinon, également par rapport à ta remarque pessimiste (sur la masse), toujours à la même page précitée dans LE GRAND SUICIDE, 1914 - 1939 – 19.. ? (1984) au (premier) chap. « Les années trente », p.65 :
Citation:
« [selon ces quelques pages d’une revue politique citées de Krishnamurti] Les idées qui mènent le monde ??? Jusqu’à maintenant il avait gagné son pain en travaillant pour des patrons abrutis aussi aptes à comprendre les grandes idées qu’une limace. Il pensait aussi à des bourgeoises chez qui il avait fait des travaux avec des copains du groupe [anarchiste]. Moins de cervelle qu’un moineau, mais du fric à jeter par la fenêtre, des transformations d’appartement inutiles et d’un complet mauvais goût.

Non les idées ne menaient pas le monde. La sottise, la lâcheté et la vanité en étaient les vrais moteurs. (1) Et les capitalistes le savaient bien, eux qui avaient fait de la démocratie la plus subtile, donc la plus immuable des dictatures. Leur suprême habilité consistait à laisser croire au peuple qu’il élisait librement ses dirigeants, alors que la domination de la presse et de la radio leur permettait de paralyser l’élite révolutionnaire en manipulant à leur gré les votes de la masse abrutie. »

(1) dans un sens voisin, Cioran (1911-1995) dans Cahiers, p. 214, 359, 473 :
Citation:
« L'injustice, – assise de ce monde. L'injustice est le fondement de ce monde. Sans elle, on se demande ce qu'il y aurait de solide et de durable ici-bas. » (p.214)

« L’iniquité n’est pas un mystère mais l'essence visible de ce monde. » (p.359)

« L'iniquité n'est pas un « mystère », mais une évidence, une évidence universelle. C'est ce qu'il y a de plus visible ici-bas. » (p.473)

+ dans Le Mauvais Démiurge (1969), Chap. « Rencontres avec le suicide » :
« Les horreurs dont l’univers regorge font partie intégrante de sa substance ; sans elles, il cesserait physiquement d’exister. »

+ = Schopenhauer (1788-1860) dans Le Monde comme Volonté et comme Représentation (Chap. 58, p. 409) :
Citation:
Le monde humain est le royaume du hasard et de l’erreur, qui y gouvernent tout sans pitié, les grandes choses et les petites ; à côté d’eux, le fouet en main, marchent la sottise et la malice ; aussi voit-on que toute bonne chose a peine à se faire voir un jour, que rien de noble ni de sage n’arrive que bien rarement à se manifester, à se réaliser ou à se faire connaître ; qu’au contraire l’inepte et l’absurde en fait de pensée, le plat, le sous-goût en fait d’art, le mal et la perfidie en matière de conduite, dominent, sans être dépossédés, sauf par instants.

En tout genre, l’excellent est réduit à l’état d’exception, de cas isolé, perdu dans des millions d’autres ; et si parfois il arrive à se révéler dans quelque œuvre de durée, plus tard quand cette œuvre a survécu aux rancunes des contemporains, elle reste solitaire, pareille à un aérolithe, que l’on conserve à part, comme un fragment détaché d’un monde soumis à un ordre différent du nôtre.

_________________
"Il n’existe dans la nature que quelques rares espèces d’oiseaux pour se démontrer aussi peu instructifs, aussi cons, aussi faciles à duper que ces enfiotés de souchiens d’Aryens…" (Céline)
"N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi." (Cioran)


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JOHN
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Dim 20 Jan 2008 - 0:43

Simplicius a écrit:
Se retrancher, non sans humour, derrière ce que tu nommes la liberté d'indifférence (celle dont Cioran rusé sceptique épris de mystique sait non sans malice jouer et déjouer, Jojo te l'expliquerait sans nul doute mieux que moi), c'est oublier qu'elle n'est jamais que le plus bas degré de la liberté.

Je ne sais pas si la « liberté d’indifférence » est « le plus bas degré de la liberté », mais selon Cioran (1911-1995) – qui semblait nourrir une certaine nostalgie d’un état préconscient, en réponse à (l’impasse d’)une lucidité trop pesante – elle-même est un idéal utopique n’est pas à la portée de tout le monde…
Ainsi dans Cahiers, p. 592, 692, 923 :
Citation:
« L'indifférence consciente – la plus haute attitude qu'on puisse adopter ici-bas.
Utopie : être aussi indifférent qu'un idiot et se comporter comme lui mais par réflexion, par délibération.

Rivaliser d'indifférence avec les idiots, s'efforcer par la lucidité d'atteindre à une perfection qu'ils possèdent, eux, de naissance !

J'ai toujours payé pour toutes mes erreurs – le plus assurément pour celle de vivre. » (p.592)

« Mon malheur est d'être incapable d'états neutres autrement que par la réflexion et l'effort. Ce qu'un idiot obtient de naissance, il faut que je me démène jour et nuit pour y atteindre par à-coups. » (p.692)

« Pour supporter la vie, il faut être cynique ou niais.
Quand on n'a pas l'avantage d'être cynique ou niais, la vie est une épreuve de chaque instant, une blessure inguérissable. » (p.923)

+ dans Exercices d’admirations (1986), chap. « En relisant » :
Citation:
« On existe grâce aux moments où on oublie certaines vérités, et cela parce que durant ces intervalles on accumule de l'énergie, laquelle vous permet d'affronter les dites vérités. »


Protea a écrit:
Si devant le tribunal de la puissance idéologique et technicienne, je perds ma liberté, du moins me demeure la liberté de me décider comme si j’étais libre de me décider. La liberté impossible au premier degré (à cause de Marx, Freud, Guénon, etc.) reste imprescriptible au second degré : je peux décider, contre toute raison, que c’est bien moi qui décide, à la fin, de moi. Dommage que Ravachol se soit fait hara-kiri sur ce forum. Sa liberté n’était peut-être pas aussi illusoire qu’elle semblait l’être.

Dans ce débat (qui a pris une tournure) philosophique sur la question de la liberté (et sur notre marge de liberté réelle ou illusoire), peut-être que ces quelques citations pourront vous réconcilier :
Cioran (1911-1995) dans Cahiers, p. 256, 789, 848 :
Citation:
« Plus je vais, plus je m'aperçois que personne ne peut échapper à ce qu'il est : c'est là une loi absolue. » (p.256)

« Feindre de croire, d'espérer, d'exister, c'est le maximum de réalité qu'on puisse atteindre. » (p.787) *

* dans De l’inconvénient d’être né (1973), chap. VII :
« Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d’accorder de l’importance à ce qui n’en a pas. »

« 30 sept. [1970] – J'ai beau croire à la liberté, il m'est néanmoins difficile d'admettre qu'elle ait plus de réalité que la nécessité. Nous sommes libres superficiellement mais nous ne le sommes pas en profondeur. Normalement tout se passe comme si j'étais le maître absolu de mes actes et même de mon « destin » ; dès que je m'examine un peu plus sérieusement, je m'aperçois qu'il n'en est rien. » (p.848) *

* + dans De l’inconvénient d’être né (1973), chap. VI :
« Je sens que je suis libre mais je sais que je ne le suis pas. »

+ dans De l’inconvénient d’être né (1973), chap. X :
« Un imposteur, un « fumiste », conscient de l’être, donc spectateur de soi-même, est nécessairement plus avancé dans la connaissance qu’un esprit posé, plein de mérites, et tout d’une pièce. »

+ = Schopenhauer (1788-1860) dans la « Conclusion » de son essai sur « La Liberté de la Volonté » (1837)** – réédité en français sous le titre Essai sur le libre arbitre (éd. Rivage poche, 1992) :
Citation:
Tout dépend de ce qu'est un homme ; ce qu'il fait en découle naturellement, comme le corollaire de son caractère. […]

En résumé, l'homme ne fait jamais que ce qu'il veut, et pourtant, il agit toujours nécessairement. La raison en est qu'il est déjà ce qu'il veut : car de ce qu'il est découle naturellement tout ce qu'il fait.

Si l'on considère ses actions objectivement, c'est-à-dire par le dehors, on reconnaît avec évidence que, comme celles de tous les êtres de la nature, elles sont soumises à la loi de la causalité dans toute sa rigueur ;

subjectivement, par contre, chacun sent qu'il ne fait jamais que ce qu'il veut. Mais cela prouve seulement que ses actions sont l'expression pure de son essence individuelle.

** Récompensé à l’époque par la « Société Royale de Norvège ».
_________________
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SubV
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Dim 20 Jan 2008 - 1:54

JOHN tu fais chier avec tes citations ... Soupir
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JOHN
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Dim 20 Jan 2008 - 2:00

Subversivio a écrit:
JOHN tu fais chier avec tes citations ... Soupir

Pardon Embarassed , en l’occurrence c’était uniquement spécialement à cause de Simplicius et Protea... et pour répondre à leur digression débat philosophique sur la liberté... alors que certains y ont déjà (plus ou moins) répondu…
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Simplicius
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Dim 20 Jan 2008 - 2:42

Mea culpa, je tends la perche à jojo, il va pas laisser passer ça, il ne fait que renvoyer la balle, je m'attendais même à ce qu'il cite Cioran dans ses attaques envers Sartre (proclamé intellectuel de son temps) qui défend une liberté individuelle absolutisée, histoire de relancer subtilement ce qu'il estime à juste titre une gentille joute oratoire.

Nous sommes en plus en vol de nuit, moment propice pour méditer ces salves citationnelles, surtout après le tintouin d'aujourd'hui. Relax sub, la nuit toutes les pages du forum sont grises... Je nage en plein pink floyd en ce moment, c'est ma bande-son du fil... clown
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Leshrac
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Dim 20 Jan 2008 - 6:18

L'adolescence est la meilleure période de conditionnement social.

Le 'jeune' à l'impression de se rebeller mais il reste tout pile ou à la limite de ce qu'on lui laisse faire.

Comme ca quelques années plus tard il devient un bon petit numéro insignifiant/fonctionnaire juste bon à payer des impots.
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Simplicius
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Dim 20 Jan 2008 - 7:11

Leshrac, tu fais dans le général, mais le général est mort il y a un bail, on ne te l'a pas dit ? Quel adolescent éternel tu fais ! geek
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Jul le Marteau
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MessageSujet: Re: Crise d'adolescence ?   Mar 12 Fév 2008 - 8:31

Je fais remonter ce sujet, débarassé des vidéos parasites de grib.
_________________
Je suis vivant mais c'est comme si j'étais mort. Nous les mangeurs de patates, n'avons pas de rêve. Lesquels pourrions nous avoir? Sakon Shiba.
Je préfère mourir pour une cause que vivre pour rien. John J. Rambo.
Il y a ceux qui se résignent et ceux qui font du chuintement de leur lame une symphonie... Moi.
Ça s'passe à fond, t'entends! Et Vive la putain d'France! Roi Heenok.
Tout ça est assez inquiètant... Alain Soral.
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Crise d'adolescence ?

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