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Déclaration universelle des droits del'homme

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MAGGLE
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MessageSujet: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 17 Avr 2008 - 19:58

http://www.un.org/french/aboutun/dudh.htm#a17

Citation:

Article 17

1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.

Article 23

1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.


Que vous inspirent ces deux articles ?
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Emile
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 17 Avr 2008 - 20:15

A une époque, j'avais étudié un peu cette déclaration. Pour moi ça reste un texte fondateur qui peut faire barrière au capitalisme sauvage.
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MAGGLE
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 17 Avr 2008 - 20:24

Tu ne crois pas que l'absence de limites au droit de propriété (art.17) entre en contradiction avec ce qu'énonce l'article 23 ?
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 17 Avr 2008 - 21:16

Non, là je ne vois pas.

En tout cas, c'est attrayant, c'est dans quel pays?
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Je suis vivant mais c'est comme si j'étais mort. Nous les mangeurs de patates, n'avons pas de rêve. Lesquels pourrions nous avoir? Sakon Shiba.
Je préfère mourir pour une cause que vivre pour rien. John J. Rambo.
Il y a ceux qui se résignent et ceux qui font du chuintement de leur lame une symphonie... Moi.
Ça s'passe à fond, t'entends! Et Vive la putain d'France! Roi Heenok.
Tout ça est assez inquiètant... Alain Soral.
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Emile
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 17 Avr 2008 - 21:21

Faut se replacer dans le contexte de l'opposition URSS et USA. Finalement, je trouve que le compromis entre une puissance capitaliste et un Etat stalinien n'est pas si mauvais que ça. C'est vrai que dans un sens, on peut interpréter l'article 17 comme tu l'as dit, mais également d'une manière plus modérée. Pour moi, remettre en cause la déclaration des droits de l'homme de 1948 relève de l'ignorance ou d'un radicalisme absurde. L'intérêt de cette déclaration, c'est qu'on peut guère l'instrumentaliser à des fins idéologiques sans entrer en contradiction avec l'un de ses articles.
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MAGGLE
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 17 Avr 2008 - 21:42

Emile a écrit:
C'est vrai que dans un sens, on peut interpréter l'article 17 comme tu l'as dit, mais également d'une manière plus modérée.


Pourquoi alors ne pas avoir directement modéré dans le texte ? Donné certaines limites à la propriété des moyens de production ?

Emile a écrit:
L'intérêt de cette déclaration, c'est qu'on peut guère l'instrumentaliser à des fins idéologiques sans entrer en contradiction avec l'un de ses articles.


Je crois au contraire que l'idéologie de l'article 17 entre en contradiction avec celle de l'article 23.

Et puis, je suis loin d'être un fan de Staline, mais il faut reconnaitre que le stalinisme en son temps a surtout profité aux prolos des pays capitalistes développés. Le problème étant qu'il était objectivement le petit père de beaucoup de peuples sauf le sien.
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mjc
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 17 Avr 2008 - 22:12

En théorie,ces déclarations sont un vrai progrès pour l'homme,mais dans la réalité,elles sont une utopie.Il en sera ainsi tant tant que les hommes ne renonceront pas à vénérer ce dieu factice qu'est l'argent.
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Emile
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Ven 18 Avr 2008 - 9:57

Oui, ces deux articles sont en contradiction certes. Mais c'est justement cette opposition de deux tendances qui créé un compromis fait de modération. Le capitalisme sauvage, ça donne de l'esclavage, le pseudo-communisme extrêmiste, ça met en place un système totalitaire pour dire les choses de manière simpliste. L'utopie est justement dans le mélange des deux que dénonceront justement les extrêmes des deux camps. L'article 17, peut être que je l'interprête de manière naïve, mais j'y vois simplement le droit de cultiver une terre et d'avoir une maison sans qu'on nous la confisque. Après, il y a le problème que l'on connaît par exemple en Amérique Latine où 5% de la pop grosso modo dans certains pays possèdent 80 % des terres. Mais l'article 17 peut être interprété dans le sens où les paysans sans terre ont droit à la propriété, donc encore en exemple Chavez a toute légitimité à leur donner des terres prises sur des grandes propriétés. Après, y a le deuxième point. Mais on peut dire que là intervient l'article 30
Citation:
Article 30

Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

Effectivement, si une minorité possède la majorité des terres et se sert du deuxième point de l'article 17 pour pas qu'on leur confisque, le premier point entrant en contradiction avec le second, elle ne pourra pas exploiter la déclaration des droits de l'homme. Après ça reste une question d'interprétation, mais globalement, les néo-libéraux, cette déclaration ils ne l'aiment pas. C'est bien pour ça qu'en Europe ils ont voulu faire passer une charte des droits de l'homme en dessous de la déclaration dont il est question dans le projet de constitution européenne. Certes un texte utopique, mais fondamentale, et le remettre en cause, c'est jouer avec le feu même si on défend la cause des peuples ou prolétaire ou je ne sais quoi.
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MAGGLE
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Sam 19 Avr 2008 - 12:28

Emile,

Je ne parlais pas d'une abolition du droit de propriété mais d'une limitation. Sans limitation, c'est toujours l'article 17 qui gagne.
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Edgar
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Sam 19 Avr 2008 - 15:08

Emile a écrit:
Certes un texte utopique, mais fondamentale, et le remettre en cause, c'est jouer avec le feu même si on défend la cause des peuples ou prolétaire ou je ne sais quoi.


On peut aussi penser que tout ce qui s'est passé depuis 1789 est catastrophique et voir dans ce texte une facette du problème.
J'aime bien le petit premier paragraphe de l'article 29, qui tient à rappeler que, quand même, l'homme aurait aussi éventuellement des devoirs à respecter. Bon, on ne précise pas lesquels mais tant pis... De toute façon, ce sont les droits qui comptent. Ce ne serait pas des enfants gâtés qui auraient écrit ça ?
Personnellement je ne l'aime pas beaucoup, ce texte. Peut-être justement parce qu'il se prétend "universel" alors qu'il est très nettement inscrit dans une époque et dans une partie du globe, et que par conséquent il constitue une sorte de négation du droit de penser autrement et un trait tiré sur l'Histoire antérieure aux démocraties.

Pour ne pas trop m'éloigner de la question initiale... Maggle, il existe déjà une limitation du droit de propriété, non ? Les impôts...
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MAGGLE
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Sam 19 Avr 2008 - 15:19

Edgar a écrit:
Pour ne pas trop m'éloigner de la question initiale... Maggle, il existe déjà une limitation du droit de propriété, non ? Les impôts...


...Que les plus libéraux aimeraient justement bien voir limités aux fonctions régaliennes de l'état. Celles qui sont justement censées garantir le droit de propriété avec le plus d'efficacité... D'ailleurs, certains titres de propriété les en exonèrent... Comme ça, la boucle est bouclée.
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Edgar
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Sam 19 Avr 2008 - 15:58

MAGGLE a écrit:
Edgar a écrit:
Pour ne pas trop m'éloigner de la question initiale... Maggle, il existe déjà une limitation du droit de propriété, non ? Les impôts...


...Que les plus libéraux aimeraient justement bien voir limités aux fonctions régaliennes de l'état. Celles qui sont justement censées garantir le droit de propriété avec le plus d'efficacité... D'ailleurs, certains titres de propriété les en exonèrent... Comme ça, la boucle est bouclée.


J'avoue mon ignorance sur les détails des impôts. La logique voudrait que les profits boursiers soient taxés plein pot, ainsi que les rentes, tout ce qui ne produit rien, mais j'imagine que ça ne se passe pas comme ça...
Par contre, les patrons qui râlent pour les impôts, je peux comprendre. J'ai mon dernier bulletin de salaire sous les yeux: pour 500 euros de salaire net dans ma poche, mon boss a en réalité payé 500, plus 137 (cotisation salariale) plus 211 (cotisation patronale), soit 848 euros... Pour les grosses boites comme la mienne, je ne vais pas pleurer mais pour les petits patrons ça doit peser lourd tout ça...
Et puis encore une fois, je ne crois pas trop à la logique de la redistribution. Ca marche bien sur le papier et si personne ne fraude mais dans les faits on voit bien ce que ça donne. L'impôt devrait être un facteur de justice sociale et tout le monde le perçoit comme une injustice, et à l'inverse, on se met à considérer l'aide sociale (en principe droit en contrepartie de devoirs) comme un dû.

Alain de Benoist, dans le Manifeste de la Nouvelle Droite ( http://www.grece-fr.net/textes/_txtWeb.php?idArt=71) :

"Les ravages du marché ont provoqué, de la même manière, l'apparition et le renforcement de l'État-Providence. Au cours de l'histoire, le marché et l'État étaient déjà apparus de pair, le second cherchant à soumettre au prélèvement fiscal des échanges intracommunautaires non marchands, auparavant insaisissables, et faisant d'un espace économique homogène un outil de sa puissance. Par la suite, la dissolution des liens communautaires provoquée par la marchandisation de la vie sociale a rendu nécessaire le renforcement progressif d'un État-Providence chargé de procéder aux redistributions nécessaires pour pallier la défaillance des solidarités traditionnelles. Loin d'entraver la course du libéralisme, ces interventions étatiques lui ont permis de prospérer en évitant l'explosion sociale, donc en assurant la sécurité et la stabilité indispensables aux échanges. Mais en retour, l'État-Providence, qui n'est qu'une structure redistributive abstraite, anonyme et opaque, a généralisé l'irresponsabilité, transformant les sociétaires en autant d'assistés, qui ne réclament plus tant le renversement du système libéral que l'extension indéfinie et sans contrepartie de leurs droits."
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Sam 19 Avr 2008 - 16:35

Edgar a écrit:
Par contre, les patrons qui râlent pour les impôts, je peux comprendre. J'ai mon dernier bulletin de salaire sous les yeux: pour 500 euros de salaire net dans ma poche, mon boss a en réalité payé 500, plus 137 (cotisation salariale) plus 211 (cotisation patronale), soit 848 euros... Pour les grosses boites comme la mienne, je ne vais pas pleurer mais pour les petits patrons ça doit peser lourd tout ça...


Le notion de cotisation patronale est une fiction comptable. En réalité, elle reste salariale. Dans le cas contraire, ça voudrait tout simplement dire que les patrons qui la payent emploient à perte...

On devrait parler tout au plus de manque à gagner patronal...

ADB a écrit:
" Loin d'entraver la course du libéralisme, ces interventions étatiques lui ont permis de prospérer en évitant l'explosion sociale, donc en assurant la sécurité et la stabilité indispensables aux échanges. Mais en retour, l'État-Providence, qui n'est qu'une structure redistributive abstraite, anonyme et opaque, a généralisé l'irresponsabilité, transformant les sociétaires en autant d'assistés, qui ne réclament plus tant le renversement du système libéral que l'extension indéfinie et sans contrepartie de leurs droits."


Je ne comprends pas bien. Ca voudrait dire que tant qu'on ne réclame [sic] pas le renversement du système, on ne devrait pas réclamer la revalorisation du RMI, des allocs etc. ?

Et puis, le RMI ne s'est-il pas transformé en RMA dans les départements de droite (ce qui implique donc contrepartie) ? Je ne vois pas bien en quoi cette contrepartie nuirait au "libéralisme". Bien au contraire, elle renvoie des notions telles que le SMIC (déjà que ce n'était plus le SMIG) au rang des vieux souvenirs... Quand on touche le SMIC, c'est bien en contrepartie d'un travail, non ?
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Dim 20 Avr 2008 - 22:40

Ca veut dire que les aides sociales sont la soupape de sureté du libéralisme, qu'en limitant et en régulant les imperfections du système, elles en empêchent (retardent ?) l'explosion. Dans une perspective révolutionnaire, il est donc incohérent de réclamer une extension des aides si on souhaite un renversement du libéralisme, puisqu'elles en masquent les dysfonctionnements. Je ne crois pas me placer dans la même perspective que les libéraux en affirmant cela. Les libéraux ont au contraire tout intérêt à maintenir l'aide sociale à un niveau honnête, si ils veulent que le château de cartes tienne encore un peu.

Du point de vue du bénéficiaire: ce que De Benoist pointe du doigt, c'est le caractère totalement abstrait de la redistribution organisée par l'Etat. Contrairement aux solidarités traditionnelles, l'aide sociale n'implique la création d'aucun lien social, c'est juste un individu et une institution, et ce qui se passe, c'est que l'individu essaie de tirer le maximum de cette institution en donnant le moins possible en retour. Le problème, c'est que ce fonctionnement tend à remplacer les solidarités traditionnelles et le mécanisme du don, qui eux créent des liens sociaux solides...
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Lun 21 Avr 2008 - 7:19

Edgar a écrit:
Ca veut dire que les aides sociales sont la soupape de sureté du libéralisme, qu'en limitant et en régulant les imperfections du système, elles en empêchent (retardent ?) l'explosion. Dans une perspective révolutionnaire, il est donc incohérent de réclamer une extension des aides si on souhaite un renversement du libéralisme, puisqu'elles en masquent les dysfonctionnements. Je ne crois pas me placer dans la même perspective que les libéraux en affirmant cela. Les libéraux ont au contraire tout intérêt à maintenir l'aide sociale à un niveau honnête, si ils veulent que le château de cartes tienne encore un peu.

D'ailleurs Friedrich von Hayek était pour la création d'un revenu minimum universel, ce qui paraît étrange lorsque l'on voit ses théories.
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Edgar
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Lun 21 Avr 2008 - 10:04

Evidemment, le texte de De Benoist est théorique. Concrètement, ça me semble difficile, au nom d’une volonté de sortir de libéralisme, de supprimer les aides sociales, les conséquences à court terme seraient catastrophiques. Mais là, nous sommes sur un forum, on peut donc se permettre de rester théorique et d’essayer de voir large.
Je trouve que tout est dit dans le texte de De Benoist.
Il y a deux points de vue :

-Soit on considère que le libéralisme est désormais définitivement installé, et on essaie de faire en sorte qu’il offre les meilleures conditions possibles à tous. Dans ce cas le combat pour les aides sociales est cohérent. Je perçois même, derrière les discours LCR, un espoir d’instaurer une sorte de communisme grace à ces aides : en prélevant au maximum et en redistribuant au maximum, on arriverait à une certaine égalité matérielle. Tout ça me semble logique dans leur perspective, même si ça enlève toute signification au « révolutionnaire » de leur intitulé.
Ce point de vue me gène pour les raisons que j’ai donné sur le fil « nouvelle CMU » : sans nier l’existence de la pauvreté, je pense que c’est loin d’être le problème majeur de notre pays. Et je ne vois pas en quoi l’égalité matérielle apporterait le bonheur. Personnellement ça ne me gène pas de savoir qu’il y a plus riche que moi, ce n’est pas ça qui me fait souffrir. De voir les forêts de la ville de mon enfance se transformer en vignes, en maisons, en immeubles, ça, ça me fait mal. De voir le nombre de dépressifs/sives autour de moi aussi, et je n’en connais aucun qui soit dans cet état à cause d’un manque d’argent. Si je devais mettre une formule sur le mal actuel, je dirais que c’est une insatisfaction organisée et généralisée. Comme dirait Dieudonné, y a un arrière goût de pisse.

-Deuxième possibilité : on considère que le libéralisme est pourri à la racine et ne peut pas offrir le cadre d’une société heureuse. La principale raison est sans doute le fait que la croissance, le progrès, le changement sont inscrits dans le libéralisme, et qu’il est contraint de toujours avancer (fuir en avant) pour se maintenir. L’ensemble tient grâce à une habile propagande qui a réussi à persuader les gens que tout le reste de l’Histoire n’avait été que malheur, et que l’on s’achemine sans cesse vers quelque chose de mieux, guidés que nous sommes par des experts et des ingénieurs brillants. Si on s’arrête deux minutes et qu’on essaie de voir vers quoi on se dirige, on se rend vite compte que tout ça est inventé de toute pièce, et que personne ne sait où on va, pas même les scientifiques qui créent notre avenir. Une fuite en avant aveugle et collective, voila comment on peut résumer notre époque.
Pour en revenir au thème initial, il me semble, Maggle, que le confort matériel est une des conditions de cette fuite en avant, et que se battre aujourd’hui, en occident, pour de meilleures conditions de vie, c’est se battre pour le libéralisme. Je te renvois à Fight Club : « les choses que l’on possède finissent par nous posséder ». J’ai moi-même beaucoup trop à perdre pour m’engager vraiment dans une lutte désespérée contre le système. Clairement : mon confort me possède. Pour les gens qui ne se posent pas de question, c’est pire, puisqu’ils n’imaginent pas une seconde que leurs « biens » font partie du mal, et qu’ils pensent que plus d’argent signifiera plus de bonheur. Le loto et les jeux d’argent sont révélateurs à ce niveau.
Si il doit y avoir une révolution à l’avenir, ce sera celle du renversement du matérialisme mais je n’y crois pas trop. Une ballade en ville, au milieu des panneaux publicitaires, des journaux « gratuit » et des boutiques de fringues, une heure devant la télé, un petit tour sur le web, suffisent pour sentir la puissance de la propagande qui conduit les gens à tout ramener au matériel.

Pour Hayek, je ne savais pas, mais ça me semble logique. Les libéraux purs et durs, il n'y en a pas tant que ça. Quasiment tous acceptent l'idée de régulation par l'Etat, avec plus ou moins de nuance.
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MAGGLE
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Mar 22 Avr 2008 - 12:35

Edgar a écrit:
Ca veut dire que les aides sociales sont la soupape de sureté du libéralisme, qu'en limitant et en régulant les imperfections du système, elles en empêchent (retardent ?) l'explosion. Dans une perspective révolutionnaire, il est donc incohérent de réclamer une extension des aides si on souhaite un renversement du libéralisme, puisqu'elles en masquent les dysfonctionnements. Je ne crois pas me placer dans la même perspective que les libéraux en affirmant cela. Les libéraux ont au contraire tout intérêt à maintenir l'aide sociale à un niveau honnête, si ils veulent que le château de cartes tienne encore un peu.


Peut-être, mais concrètement, un groupe qui proclame une perspective révolutionnaire a de son coté tout intérêt a entretenir la flamme révolutionnaire en démontrant que les libéraux ne maintiennent pas (mais le mot le plus juste serait revaloriser) l’aide sociale à un niveau honnête. Or, les libéraux ne le font effectivement pas (voir les dernières mesures de Sarkozy : allocs, carte famille nombreuse etc.).

Edgar a écrit:
Du point de vue du bénéficiaire: ce que De Benoist pointe du doigt, c'est le caractère totalement abstrait de la redistribution organisée par l'Etat.


Je ne vois personnellement pas ce qu’il a d’abstrait. Il est toutefois vrai que la plupart des gens ne prennent pas la peine de prendre connaissance des principes qui la gouvernent. De plus, les libéraux qui nous gouvernent (qui incarnent à l’heure actuelle l’état mais qui ne sont pas l’état en lui-même) font tout ce qu’ils peuvent pour passer d’un système par répartition à un système par capitalisation. Ce système est en tous cas bien plus abstrait que celui que nous connaissons, plus injuste et plus risqué aussi…

Edgar a écrit:
Contrairement aux solidarités traditionnelles, l'aide sociale n'implique la création d'aucun lien social, c'est juste un individu et une institution,


Si des institutions comme la sécu, la retraite etc. ont été créées, ce n’est pas pour remplacer les solidarités traditionnelles qui avec l’industrialisation (du travail comme de la médecine) et l’urbanisation n’existaient plus depuis belle lurette pour la majorité de la population mais pour combler un vide.

Edgar a écrit:
et ce qui se passe, c'est que l'individu essaie de tirer le maximum de cette institution en donnant le moins possible en retour.


L’individu-patron, oui. Surtout lorsqu’il l’est d’une grosse entreprise (copains, exonérations etc.). Quant à l’individu employé, je ne vois pas bien comment il pourrait s’y prendre pour donner le moins possible sur des cotisations qui sont calculées et reversées par son employeur…

Edgar a écrit:
Le problème, c'est que ce fonctionnement tend à remplacer les solidarités traditionnelles et le mécanisme du don, qui eux créent des liens sociaux solides...


Je ne vois pas bien ou tu veux en venir quand tu parles de solidarités traditionnelles. Derrière le mot « traditionnel », on peut tout aussi bien entendre l’institution du potlatch que celle du « Oui not’ Monsieur, oui not’ bon Maître »… Pourrais-tu expliciter un peu plus ?

Edgar a écrit:
Evidemment, le texte de De Benoist est théorique. Concrètement, ça me semble difficile, au nom d’une volonté de sortir de libéralisme, de supprimer les aides sociales, les conséquences à court terme seraient catastrophiques. Mais là, nous sommes sur un forum, on peut donc se permettre de rester théorique et d’essayer de voir large.


Sauf pour ce qui relève strictement de la métaphysique (science de l’abstraction par excellence), je ne vois pas bien ou peuvent mener les réflexions purement théoriques en matière de sciences (politique, économiques ou autres). Au contraire, si elles ne prennent pas appui sur des réalités spatio-temporelles et humaines, il y a toutes les chances que ces réalités ne les vérifient pas. A vrai dire, le concept de métapolitique m’a toujours laissé de marbre.

Edgar a écrit:
Je trouve que tout est dit dans le texte de De Benoist.
Il y a deux points de vue :

-Soit on considère que le libéralisme est désormais définitivement installé, et on essaie de faire en sorte qu’il offre les meilleures conditions possibles à tous.


Pour moi, ce n’est pas le libéralisme l’ennemi mais le capitalisme.

Edgar a écrit:
Dans ce cas le combat pour les aides sociales est cohérent. Je perçois même, derrière les discours LCR, un espoir d’instaurer une sorte de communisme grace à ces aides : en prélevant au maximum et en redistribuant au maximum, on arriverait à une certaine égalité matérielle. Tout ça me semble logique dans leur perspective, même si ça enlève toute signification au « révolutionnaire » de leur intitulé.


Nous sommes presque d’accord. Mais pour être plus précis, les aides sociales sont des point de communisme gagnés à l’intérieur du règne capitaliste. C’est ce qu’on appelle le réformisme. J’ai longtemps eu cette attitude binaire qui consistait à opposer réformes (dans la mesure ou elles tendent à préserver ou augmenter certains « acquis » sociaux) et révolution. Aujourd’hui, je pense que les deux attitudes peuvent aller de pair. A condition d’avoir bien conscience qu’en régime capitaliste, les acquis ne le sont jamais définitivement mais sont toujours remis en cause au gré des rapports de force.

Ceci dit, ce discours n’est pas le propre de la LCR… Il existe bien d’autres tendances à la gauche de la gauche de la droite qui sont d’accord avec la LCR sur ce point. C’est étrange cette focalisation LCR qui sévit sur ce forum…

Edgar a écrit:
Ce point de vue me gène pour les raisons que j’ai donné sur le fil « nouvelle CMU » : sans nier l’existence de la pauvreté, je pense que c’est loin d’être le problème majeur de notre pays.


Mais elle est le problème majeur des pauvres… Ceci dit, à force de regarder les pauvres dans le fosse et de se dire que la pauvreté n’est pas notre problème majeur, on ne s’aperçoit pas qu’on est au bord de cette fosse et qu’il suffit d’un rien pour qu’on nous y pousse… Jusqu’à ce que la fosse soit suffisamment remplie pour que certains pauvres n’aient d’autre solution pour espérer en sortir que de grimper sur les (cadavres des) autres pauvres. Rien de bien révolutionnaire en tout cas… Voila pourquoi je pense que si combat il y a, il doit se faire au bord de la fosse aux pauvres et non dedans. D’ailleurs, le pouvoir sait très bien utiliser les pauvres pour culpabiliser les presque-pas-tout-à-fait-pas-encore pauvres de ne pas l’être…

Rien de plus simple pourtant que d’être pauvre quand on est riche de la pauvreté des autres : Suffit de leur donner toute sa richesse…

Edgar a écrit:
Et je ne vois pas en quoi l’égalité matérielle apporterait le bonheur. Personnellement ça ne me gène pas de savoir qu’il y a plus riche que moi, ce n’est pas ça qui me fait souffrir.


Moi non plus… Mais ça me gène de savoir qu’il y a plus pauvre que moi….

Edgar a écrit:
De voir les forêts de la ville de mon enfance se transformer en vignes, en maisons, en immeubles, ça, ça me fait mal. De voir le nombre de dépressifs/sives autour de moi aussi, et je n’en connais aucun qui soit dans cet état à cause d’un manque d’argent. Si je devais mettre une formule sur le mal actuel, je dirais que c’est une insatisfaction organisée et généralisée. Comme dirait Dieudonné, y a un arrière goût de pisse.


Demande-toi plutôt à quel riche cette transformation des forêts en vignes, maisons ou immeubles a profité et à quel pauvre elle n’a pas profité…

Quant aux riches dépressifs, j’en ai connu un, c’était mon meilleur ami. Il est mort aujourd’hui. Et je peux effectivement t’affirmer que sa richesse et toutes les saloperies qu’elle induisait dans sa famille n’ont pas été pour rien dans sa dépression.

Edgar a écrit:
-Deuxième possibilité : on considère que le libéralisme est pourri à la racine et ne peut pas offrir le cadre d’une société heureuse. La principale raison est sans doute le fait que la croissance, le progrès, le changement sont inscrits dans le libéralisme, et qu’il est contraint de toujours avancer (fuir en avant) pour se maintenir. L’ensemble tient grâce à une habile propagande qui a réussi à persuader les gens que tout le reste de l’Histoire n’avait été que malheur, et que l’on s’achemine sans cesse vers quelque chose de mieux, guidés que nous sommes par des experts et des ingénieurs brillants. Si on s’arrête deux minutes et qu’on essaie de voir vers quoi on se dirige, on se rend vite compte que tout ça est inventé de toute pièce, et que personne ne sait où on va, pas même les scientifiques qui créent notre avenir. Une fuite en avant aveugle et collective, voila comment on peut résumer notre époque.


Sur cet aspect, je suis on-ne-peut-plus en accord avec toi.

Edgar a écrit:
Pour en revenir au thème initial, il me semble, Maggle, que le confort matériel est une des conditions de cette fuite en avant, et que se battre aujourd’hui, en occident, pour de meilleures conditions de vie, c’est se battre pour le libéralisme. Je te renvois à Fight Club : « les choses que l’on possède finissent par nous posséder ». J’ai moi-même beaucoup trop à perdre pour m’engager vraiment dans une lutte désespérée contre le système. Clairement : mon confort me possède. Pour les gens qui ne se posent pas de question, c’est pire, puisqu’ils n’imaginent pas une seconde que leurs « biens » font partie du mal, et qu’ils pensent que plus d’argent signifiera plus de bonheur. Le loto et les jeux d’argent sont révélateurs à ce niveau.


Je sens comme un besoin d’ascèse chez toi. Je le comprends et le respecte. Mais jusqu’où pourrait-il aller ? Vivre de l’aumône des autres ? La vivre en vivant de ton travail ? Et si c’est le cas, serais-tu prêt à dormir sans matelas par exemple ? serais-tu prêt à donner ton excédent d’argent aux pauvres qui n’ont pas ce désir ?

Quant à la richesse extrême, je crois qu’au-delà d’un certain niveau, quand on a accès dans les délais les plus brefs à tous ses désirs matériels, qu’on ne passe plus sa vie qu’à se faire servir, on ne cherche plus à posséder des choses mais des âmes. Or, on ne possède jamais d’une âme que ce qui la corrompt.

Edgar a écrit:
Si il doit y avoir une révolution à l’avenir, ce sera celle du renversement du matérialisme mais je n’y crois pas trop. Une ballade en ville, au milieu des panneaux publicitaires, des journaux « gratuit » et des boutiques de fringues, une heure devant la télé, un petit tour sur le web, suffisent pour sentir la puissance de la propagande qui conduit les gens à tout ramener au matériel.


Et pourtant, le spirituel a besoin du matériel pour se développer… ou se corrompre. Tout dépend de quel matériel nous parlons…

Edgar a écrit:
-Pour Hayek, je ne savais pas, mais ça me semble logique. Les libéraux purs et durs, il n'y en a pas tant que ça. Quasiment tous acceptent l'idée de régulation par l'Etat, avec plus ou moins de nuance.


Pour finir, je voudrais préciser que je ne suis pas un grand fan du RMI. Je préfèrerais tout simplement que l’article 17 n’oblitère pas l’article 23. Mais tant qu’à parler du RMI, autant préciser que ce minimum est bien en dessous du minimum…

Edit : quand je suis sorti du système scolaire vers 18 ans avec un BEP de comptabilité en poche, ce diplôme me donnait d'office droit à une compensation de 1200 F/mois du fait que je n'avais pas trouvé d'emploi. C'était maigre, mais c'était implicitement une reconnaissance des déficiences d'application de l'article 23. Aujourd'hui, même avec un diplôme en poche, on n'a même pas le droit au RMI jusqu'à 25 ans.
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Mer 23 Avr 2008 - 21:27

Je vais tacher de te répondre point par point sans tout citer, pour ne pas trop encombrer la page.

-je ne comprends pas vraiment ta première réponse. Il me semble que pointer du doigt les libéraux parce qu’ils ne revalorisent pas l’aide sociale, c’est dire implicitement que ce système (libéralisme + régulation aide sociale) est fondé et a fait ses preuves. Je ne vois vraiment pas comment on peut à la fois condamner le libéralisme/capitalisme (j’y reviens plus tard) et en proposer une vision régulée. Mais là aussi, tout dépend de la manière dont on appréhende les choses. J’ai l’impression que tu te focalises surtout sur les problèmes économiques. D’accord, ils existent mais pour ma part je ne les considère pas comme primordiaux. Et j’ai l’impression que cette tendance à « économiser » les choses fait partie du problème.

-libéralisme/capitalisme : j’ai tendance à associer les deux, le libéralisme étant l’idéologie et le capitalisme son aspect économique. Tu comprends pourquoi je préfère parler de libéralisme. Il y a un sujet là-dessus, je crois, j’y donnerai la définition que j’avais retenue pour que les choses soient plus claires. Je veux bien par contre que tu expliques pourquoi tu t’en tiens au capitalisme.

-Revenons à la redistribution. Je veux bien croire que toi, avec l'intelligence, les lectures et et les réflexions que tu as, tu perçoives les tenants et aboutissants de ce fonctionnement, mais je pense que la plupart des gens ne comprennent pas. Et quand bien même ils comprendraient, c’est tellement abstrait et lointain. Les gens qui piquent des bricoles à leur boulot ont l’impression qu’ils ne font rien de mal parce que ça leur apparaît comme une sorte de manne intarissable. De la même façon, les gens qui escroquent l’Etat n’ont à aucun moment le sentiment d’escroquer la communauté (sauf quelques cyniques). Est-ce que tu vois ce que je veux dire ? Sans aller jusqu’à l’escroquerie, difficile de nier que l’attitude dominante des gens face à l’Etat, c’est d’essayer de donner le moins possible et de toucher le plus possible, y compris quand ils n’en ont pas réellement besoin. Et c’est totalement compréhensible ! Comment arriver à percevoir l’aspect « solidarité » ? On a toujours l’impression d’avoir affaire à un bloc kafkaïen hermétique, je ne vois pas où et comment sentir la solidarité là dedans. Le virement mensuel de la CAF sur mon compte en banque, j’ai du mal à y trouver un signe de solidarité sociale et d’étape vers une société juste.

-Solidarités traditionnelles : j’emploie peut-être ce terme abusivement. J’y mettais toutes les formes de solidarités ne passant pas par l’Etat ou par une quelconque institution. Aide entre parents, amis, voisins, habitants d’un même village, et même entre patron et ouvrier. Je manque d’informations sérieuses pour d’autres formes. Mais pour prendre un exemple qui parlera à tous : mes grands-parents ont hébergé et nourri l’arrière grand-mère jusqu’à sa mort. C’est autre chose que de placer en maison de retraite (payée par Etat, retraite, économies, famille) et de venir voir une fois par mois/an. D’ailleurs, Maggle, les maisons de retraites sont un bon exemple pour appuyer ma thèse. Un confort indéniable, une parfaite égalité matérielle et pourtant une impression de tristesse infinie.

-Donc pour résumer à nouveau ma position : je pense que sur le papier, d’un strict point de vue économique, la redistribution fonctionne, mais au niveau humain ça ne peut pas remplacer d’autres formes de solidarité. Ces formes de solidarité apportaient à la fois du soutient matériel et créaient des liens sociaux, la redistribution ne fait que (partiellement en plus, je te l’accorde) régler le matériel et laisse l’humain en plan. Même poussée à son extrémité, appliquée avec justesse et honnêteté, elle ne comblerait pas ce vide.
(Alors que paradoxalement, la pauvreté peut peut-être favoriser l’entraide, à ce sujet, je ne suis d’ailleurs pas trop d’accord avec ton paragraphe sur la « fausse aux pauvres ». Sans tomber dans l’angélisme et les généralités, les personnes les plus pauvres que je connais sont très partageuses)

-Pour les vignes et les maisons près de mon ancien chez moi, tout cela s’inscrit dans un processus de « progrès » qui ne me conviendrait pas même si la société était juste et sans pauvreté. Si il y a volonté ascétique chez moi, elle est uniquement technique/technologique. Je constate que ma vie dépend de machines, d’électricité et de pétrole. Je trouve ça absurde et je ne peux rien contre ça. Et tout ce qu’on a pu me raconter sur les bienfaits de tout ce cirque ne m’a jamais convaincu. Comment « sentir » l’apport du progrès quand on est né dedans ? Je suis vacciné contre 2000 maladies, je peux communiquer avec la Chine, mais qu’est ce que j’en ai à faire ? La seule chose que je sens, c’est que je ne pourrais pas vivre sans toutes ces choses qui m’entourent, et que je me sens pris au piège dans un processus qui me dépasse et avec lequel je ne suis pas d’accord, mais auquel je suis contraint de participer.

-Je ne vois pas non plus où mènent ces réflexions uniquement théoriques. Mais contrairement à toi, je ne crois pas en une possible humanisation du libéralisme et je ne partage pas ton idéal, donc je ne vois pas à quel autre niveau je pourrais réfléchir. J'ai bien conscience de l'inutilité de la chose, mais je ne vois pas d'autre option pour l'instant.
Il y a une belle formule dans un morceau de Programme : « demain, c’est parler de cailloux jetés dans un lac ». C’est un peu l’impression que j’ai face aux débats d’actualité, pour l’instant je préfère essayer d’identifier correctement le lac avant d'essayer d'y jeter des choses.

(ah, et pour la focalisation sur la LCR, c'est simplement parce qu'ils sont le plus représentatifs de ce que je "dénonce". Les affiches présidentielles avec en gros en rouge dessus "le SMIC à 1500 euros"... pfff...)
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Jeu 12 Juin 2008 - 11:15

Edgar a écrit:
Je vais tacher de te répondre point par point sans tout citer, pour ne pas trop encombrer la page.


Quant à moi, je réponds en citant parce que c’est plus simple à structurer quand on n’a pas vraiment le temps de faire un plan. Je le fais aussi quand ça devient chaudard mais ce n’est en l’occurrence pas le cas.

Edgar a écrit:
-je ne comprends pas vraiment ta première réponse. Il me semble que pointer du doigt les libéraux parce qu’ils ne revalorisent pas l’aide sociale, c’est dire implicitement que ce système (libéralisme + régulation aide sociale) est fondé et a fait ses preuves. Je ne vois vraiment pas comment on peut à la fois condamner le libéralisme/capitalisme (j’y reviens plus tard) et en proposer une vision régulée.


Je ne crois pas que les aides sociales soient un cadeau du capitalisme. Historiquement, elles ont soit été imposées par la pression syndicale (initiée parfois dans ses principes par certains cercles chrétiens), soit par la peur d’explosions sociales quand le système ne faisait pas ses preuves (Keynésianisme). Ce second aspect fonctionnait d’ailleurs tant que les économies étaient intra-frontalières pour une grande part…

Edgar a écrit:
Mais là aussi, tout dépend de la manière dont on appréhende les choses. J’ai l’impression que tu te focalises surtout sur les problèmes économiques.


Parce que c’est ce dont il est question dans ce fil. Mais j’ai aussi parlé de la possession des âmes vers la fin.

Edgar a écrit:
D’accord, ils existent mais pour ma part je ne les considère pas comme primordiaux. Et j’ai l’impression que cette tendance à « économiser » les choses fait partie du problème.


Dans un sens, tu as raison : Certains font de l’économie (comment partage-t’on les richesses ?), d’autres font des économies (comment les retient-on ?). Parmi ces derniers, certains en font parce qu’ils n’ont pas le choix, d’autres en font parce que c’est leur choix.

Edgar a écrit:
-libéralisme/capitalisme : j’ai tendance à associer les deux, le libéralisme étant l’idéologie et le capitalisme son aspect économique. Tu comprends pourquoi je préfère parler de libéralisme. Il y a un sujet là-dessus, je crois, j’y donnerai la définition que j’avais retenue pour que les choses soient plus claires. Je veux bien par contre que tu expliques pourquoi tu t’en tiens au capitalisme.


Le mot libéralisme a de nombreuses acceptions. Pour ma part, il n’est qu’une des idéologies du capitalisme. La principale autre idéologie du capitalisme étant l’idéologie sociale-démocrate.

Edgar a écrit:
-Revenons à la redistribution. Je veux bien croire que toi, avec l'intelligence, les lectures et et les réflexions que tu as, tu perçoives les tenants et aboutissants de ce fonctionnement, mais je pense que la plupart des gens ne comprennent pas. Et quand bien même ils comprendraient, c’est tellement abstrait et lointain.


Alors, c’est une question de pédagogie… Renonce-t’on à apprendre aux enfant les opérations mathématiques élémentaires sous prétexte qu’elles sont abstraites ? Pourtant, quoi de plus abstrait que 1+1=2 ?

Edgar a écrit:
Les gens qui piquent des bricoles à leur boulot ont l’impression qu’ils ne font rien de mal parce que ça leur apparaît comme une sorte de manne intarissable.


Sur ce fil, il y a le scan de quelques pages qui expliquent la relation capital/travail. Dis-moi si tu y trouves des erreurs d’analyse. En tous cas, moi je trouve que ça relativise la question du vol sur son lieu de travail.

Edgar a écrit:
De la même façon, les gens qui escroquent l’Etat n’ont à aucun moment le sentiment d’escroquer la communauté (sauf quelques cyniques). Est-ce que tu vois ce que je veux dire ? Sans aller jusqu’à l’escroquerie, difficile de nier que l’attitude dominante des gens face à l’Etat, c’est d’essayer de donner le moins possible et de toucher le plus possible, y compris quand ils n’en ont pas réellement besoin.


Il y a ceux qui escroquent l’état (à supposer que l’état ce soit nous) et il y a ceux qui escroquent l’état avec la complicité de… l’état. Là encore, ça permet de relativiser… En tous cas, les premiers prennent plus de risques que les seconds (sauf en cas de révolution).

Edgar a écrit:
Et c’est totalement compréhensible ! Comment arriver à percevoir l’aspect « solidarité » ? On a toujours l’impression d’avoir affaire à un bloc kafkaïen hermétique, je ne vois pas où et comment sentir la solidarité là dedans.
Le virement mensuel de la CAF sur mon compte en banque, j’ai du mal à y trouver un signe de solidarité sociale et d’étape vers une société juste.


Je t’invite donc à joindre le non-geste à la parole et à refuser de remplir le dossier qui te permettra de toucher ces allocs. Ou mieux : tu remplis le dossier, tu touches les allocs et tu fais preuve de ta solidarité traditionnelle en les reversant aux nécessiteux de ton choix. Si ce geste te rendait toi-même nécessiteux, tu pourrais à n’en pas douter compter sur la solidarité traditionnelle des autres…

Edgar a écrit:
-Solidarités traditionnelles : j’emploie peut-être ce terme abusivement. J’y mettais toutes les formes de solidarités ne passant pas par l’Etat ou par une quelconque institution. Aide entre parents, amis, voisins, habitants d’un même village, et même entre patron et ouvrier. Je manque d’informations sérieuses pour d’autres formes. Mais pour prendre un exemple qui parlera à tous : mes grands-parents ont hébergé et nourri l’arrière grand-mère jusqu’à sa mort. C’est autre chose que de placer en maison de retraite (payée par Etat, retraite, économies, famille) et de venir voir une fois par mois/an. D’ailleurs, Maggle, les maisons de retraites sont un bon exemple pour appuyer ma thèse. Un confort indéniable, une parfaite égalité matérielle et pourtant une impression de tristesse infinie.


Mais qui empêche à l’heure actuelle les gens d’héberger et de nourrir ses parents jusqu’à la mort sans rien demander à personne ? Qui les force à les mettre en maison de retraite ? Les virements de la CAF ?

Edgar a écrit:
-Donc pour résumer à nouveau ma position : je pense que sur le papier, d’un strict point de vue économique, la redistribution fonctionne, mais au niveau humain ça ne peut pas remplacer d’autres formes de solidarité. Ces formes de solidarité apportaient à la fois du soutient matériel et créaient des liens sociaux, la redistribution ne fait que (partiellement en plus, je te l’accorde) régler le matériel et laisse l’humain en plan. Même poussée à son extrémité, appliquée avec justesse et honnêteté, elle ne comblerait pas ce vide.
(Alors que paradoxalement, la pauvreté peut peut-être favoriser l’entraide, à ce sujet, je ne suis d’ailleurs pas trop d’accord avec ton paragraphe sur la « fausse aux pauvres ». Sans tomber dans l’angélisme et les généralités, les personnes les plus pauvres que je connais sont très partageuses)


On trouve de tout chez les plus pauvres : des rats comme des partageux. Chez les plus riches, je ne vois que des rats. Même ce qu’ils appellent la distinction est obscène.

Edgar a écrit:
-Pour les vignes et les maisons près de mon ancien chez moi, tout cela s’inscrit dans un processus de « progrès » qui ne me conviendrait pas même si la société était juste et sans pauvreté. Si il y a volonté ascétique chez moi, elle est uniquement technique/technologique. Je constate que ma vie dépend de machines, d’électricité et de pétrole. Je trouve ça absurde et je ne peux rien contre ça. Et tout ce qu’on a pu me raconter sur les bienfaits de tout ce cirque ne m’a jamais convaincu. Comment « sentir » l’apport du progrès quand on est né dedans ? Je suis vacciné contre 2000 maladies, je peux communiquer avec la Chine, mais qu’est ce que j’en ai à faire ? La seule chose que je sens, c’est que je ne pourrais pas vivre sans toutes ces choses qui m’entourent, et que je me sens pris au piège dans un processus qui me dépasse et avec lequel je ne suis pas d’accord, mais auquel je suis contraint de participer.


A l’heure qu’il est, rien pourtant ne te containt à être davant ton écran… Tu confonds probablement la technologie et sa gadgetisation, voire l’utilisation qui en est faite à des fins d’asservissemnent.

Edgar a écrit:
-Je ne vois pas non plus où mènent ces réflexions uniquement théoriques. Mais contrairement à toi, je ne crois pas en une possible humanisation du libéralisme et je ne partage pas ton idéal, donc je ne vois pas à quel autre niveau je pourrais réfléchir. J'ai bien conscience de l'inutilité de la chose, mais je ne vois pas d'autre option pour l'instant.


Nous ne nous sommes par bien compris. Je ne crois pas non plus à une possible humanisation du libéralisme. Ou du moins si j’y crois, ce n’est que dans le cadre de résolutions toujours remises en cause de certains conflits de classes. Donc si humanisation il y a, elle ne vient pas du libéralisme en lui-même mais de la résolution des antangonismes qu’il induit. Ce qui vaut pour le libéralisme vaut aussi à fortiori pour le capitalisme, fut-il social démocrate.

Edgar a écrit:
-Il y a une belle formule dans un morceau de Programme : « demain, c’est parler de cailloux jetés dans un lac ». C’est un peu l’impression que j’ai face aux débats d’actualité, pour l’instant je préfère essayer d’identifier correctement le lac avant d'essayer d'y jeter des choses.


J’espère bien à ma modeste mesure contribuer à t’y aider…

Edgar a écrit:
(ah, et pour la focalisation sur la LCR, c'est simplement parce qu'ils sont le plus représentatifs de ce que je "dénonce". Les affiches présidentielles avec en gros en rouge dessus "le SMIC à 1500 euros"... pfff...)


Et pourtant, je puis t’assurer que si on compare ce qui est demandé actuellement au smic actuel, les prétentions ont baissé par rapport aux années 70. Je préfère quant à moi y voir le signe de l’état actuel du rapport de forces capital/travail.
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MessageSujet: Re: Déclaration universelle des droits del'homme   Mar 17 Juin 2008 - 12:24

Le débat reprend ?

Je viens de relire le fil que tu as mis en lien… Je ne pourrais pas mieux faire que ALM et Lufti, je suis d’accord avec ce qu’ils ont écrit et je n’ai pas grand-chose à ajouter. Je ne pourrais que reformuler sans rien apporter d’autre…

Je t’avoue ne pas voir où tu veux en venir exactement, Maggle, sur le fil précité comme sur celui-ci. La discussion serait peut-être plus profitable si tu posais clairement cette base : quel idéal y a-t-il derrière tes développements ? (tu l'as peut-être déjà exprimé dans certains fils, je veux bien les liens dans ce cas)

Je n’ai pas grand-chose à redire à ce que tu as scanné, mais toute la question est : « et après ? »
Peux-tu nier qu’en l’espace de plusieurs décennies, les conditions de vie ont été « améliorées » (matériellement) pour tout le monde ?
Partant de là, tu peux toujours prouver que le patronat exploite la main d’œuvre, que les inégalités sont flagrantes et probablement injustes, mais en dernière analyse, les retombées matérielles de l’évolution de l’Occident finissent par profiter au plus grand nombre. Je crois que l’erreur consiste à penser que « les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres ». C’est faux, tout le monde est de plus en plus riche. Compare le niveau de vie de tes grands parents à ton age et le tien. Pas d’ordinateur, probablement ni téléphone ni voiture ni télé, pas de frigo, de lave linge…. Je ne vois pas comment on pourrait nier cette augmentation collective et sans précédent du niveau de vie. Si ça commence à chuter, ce n’est pas seulement à cause du patronat, c’est parce que tout ça ne pouvait pas durer éternellement, qu’il y avait dans cette « évolution » quelque chose de mensonger, de pourri à la racine.

Alors de deux choses l’une, encore une fois…
-Soit tu considères que cette évolution était légitime, et tu te bas pour le maintien de ce niveau de vie. (et souvent, ce combat se fait au prix d'une démagogie larmoyante qui consiste à faire passer le peuple français pour misérable et au bord de la famine... Je suis navré, mais on ne me fera pas gober ça. Seulement à force de lui répéter qu'il est exploité et misérable, le peuple, il finit par y croire.)

-soit tu considères que cette évolution était une calamité, et dans ce cas, soit tu attends (et prépare ?) la chute, soit tu milites comme certains pour la décroissance en espérant sauver les meubles.

(si il y a d'autres options cohérentes, je ne les ai pas encore découvertes...)

Aujourd’hui, les français flippent parce que « le pouvoir d’achat baisse » après avoir augmenté encore et encore pendant des années. Fini la grosse tuture, fini le téléphone mobile, fini les vacances à la plage… Nonne ou mauvaise chose ? Tu peux tenter de m’apitoyer en me sortant les exemples des très pauvres qui vont morfler en premier. Pas la peine, je le sais… je n’en ferai peut-être pas partie, mais je serai en deuxième ligne. C’est injuste, mais c’est comme ça. On s’est engagé depuis plusieurs siècles dans un processus complètement absurde, ce n’est pas de ma faute, ni celle des pauvres, mais l’aboutissement de ce processus, c’est la chute, la catastrophe, et c’est inévitable. Ou alors, décroître, apprendre à vivre avec moins, renoncer au « progrès », régresser… On a été suffisamment loin dans l’absurde et dans le vide aujourd’hui pour en tirer les leçons…
Mais bonne chance à qui veut « éduquer » les foules avec un discours pareil. Il n’y a que quand les prix du pétrole flambent qu’on comprend, et encore… Qui comprend vraiment ?

D’ailleurs, le pétrole, c’est un bon exemple : oui, il y a de la magouille et des gros sous derrière, et des manipulations boursières pas jolies jolies. Mais encore derrière, il y a une autre vérité : c’est que le pétrole, il n’y en a pas à l’infini, et qu'on a vécu à crédit là dessus, sans se soucier des lendemains. Alors les pauvres, innocents, mais un peu coupable aussi, parce qu’ils auraient pu user de leurs superpouvoirs démocratiques pour empêcher ces évolutions pathétiques qui les mettent dans le pétrin aujourd’hui.
(et là, on touche aux limites de ce qu'on a le droit de dire aujourd'hui... la vérité, c'est que la démocratie est une erreur, une absurdité. Seulement en démocratie, penser ça est interdit, puisque c'est pas démocratique... la boucle est bouclée (je vais faire plaisir à John, là !)) (tu peux m'objecter qu'il faut éduquer le peuple... question par anticipation: qui peut bien avoir légitimité à éduquer qui que ce soit ? Si tu es réellement chrétien, tu dois connaître la réponse... et cette réponse n'est pas Marx)
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