Etant passé au théâtre de la Main d'Or où je rentrai d'ailleurs pour la première fois, je livre ici une première impression de dimanche. Une centaine de personnes remplit la salle. Je prends place sagement, la salle un peu en amphi a des dimensions raisonnables par rapport à la scène, c'est agréable pour se laisser embarquer. M. Soral dit vite fait en passant deux mots quant à la volonté dE&R d'organiser régulièrement des conférences-débats ouverts aux "intellectuels dissidents"

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La conférence fut ouverte par M. Marc George (responsable d'E&R à l'initiative de cette rencontre) qui brossa rapidement le parcours de M. Cheminade, histoire de faire les présentations et d'introduire le sujet.
M. Cheminade enchaîna ensuite dans un exposé en deux volets, un descriptif de l'économie mondiale, l'autre prospectif. Le discours d'ensemble était plus d'ordre synthétique que didactique. Néanmoins le conférencier, restant dans les limites de son domaine d'études, eut pour moi le rare mérite d'inscrire l'économie dans l'horizon des activités humaines.
La première partie montrait le découplage accru entre finance et monnaie et ses conséquences : une sauvagerie sans précédent au niveau mondial, sorte de loi de la jungle, du système néolibéral anglo-saxon qui échappe de plus en plus aux prétendues élites politiques se cachant derrière un rideau de fumée (Cheminade défendant quant à lui un État des citoyens). Ce qui se passe de nos jours à l'échelle de la planète est ainsi présenté comme comparable au cas de l'Allemagne de Weimar : dévaluation monétaire, prédominance du capitalisme d'actionnaires (débutant après guerre et non dès fin XIXe siècle), démantèlement des infrastructures (industries, etc...), endettement du pays, perte de souveraineté (nouveau droit international apparaissant non évoqué), chômage, etc...
Fut aussi expliqué d'ailleurs en quoi de nos jours l'Inde, la Chine, la Russie restent les derniers remparts à abattre pour l'impérialisme anglo-saxon afin d'assurer le contrôle le plus étendu sur les autres zones (l'Iran quand à elle étant dans une passe la plus dangereuse). Petite parenthèse, le "nine-eleven" qui fait on le sait pas mal gloser sur ce forum, fut comparé rien moins qu'à "l'incendie du Reichstag", l'important n'étant pas tant les auteurs que l'instrumentalisation de l'évènement. Dernier point, la compagnie des Indes orientales définie comme matrice de la tradition libérale m'a un peu fait sourire, mais il est parfois des raccourcis bien sentis qui frappent l'imagination sans faire faux bond à l'intelligence.

La seconde partie fut prospective (Jacques n'est en effet pas que
fataliste...

). Le nouveau "Bretton Woods" est présenté comme un moyen (pas le seul mais nécessaire historiquement) de servir à une "politique de grand projet" (type "New Deal" rooseveltienne ou politique gaullienne), associant nouveaux rapports équilibrés entre Etats-nations, sortie de l'OTAN, indépendance énergétique et développement des arts et sciences, mise en place géopolitique de "grandes régions" pour contrer l'impérialisme néolibéral (c'est là le sens du "corridor eurasiatique", l'Europe de Brest à l'Oural comme disait l'autre), remplacement du change flottant par un change fixe (l'étalon n'ayant pas toutefois été défini) et surtout défense du crédit public au service de l'intérêt général. La défense de l'économie physique (productrice de richesses) est dans cette perspective inséparable de celle du travailleur.
Les questions à la fin de la conférence furent de très peu d'intérêt, certains préférant comme sur un forum "s'expressioner" qu'apporter une demande d'éclaircissement à bon escient.
L'un parla de la oumma (apparemment ignorant des activités des banques arabes à Londres principalement), un autre parla de l'"éthique" du capitalisme (apparemment l'autonomie du processus capitaliste décrit par le sociologue Max Weber lui a échappé), M. Soral pour ouvrir à débat demanda si n'était pas problématique le rapport entre progrès (techniques) et prospérité (le problème n'étant pas là, sur ce sujet cf. "Le destin technologique" en folio actuel

), un autre parla à tort de keynesianisme dans Bretton Woods, bref des points de détail alors qu'il s'agissait d'un rapport d'ensemble, montrant en quoi la dimension économique était déterminante non seulement concernant la réorganisation sociale et politique des pays mais aussi pour ce qui touche la vie des peuples.
Derrière le spécialiste, il y avait aussi l'homme, loin du cliché sectaire souvent accolé à lui, aux valeurs progressistes, montrant une vraie générosité dans son combat contre le monde d'
homme sans qualité comme disait Musil qui se dessine, rappelant la vocation historique de l'humain qui est de travailler à rendre habitable son environnement, et de plus conscient des limites de son discours. Il évoqua ainsi, l'anecdote étant très parlante (presque une "myse en abyme"), la polyo de Roosevelt qui l'avait rendu sensible à défendre la part de dignité et d'humanité des personnes en situation précaire. Il montra aussi une curiosité pour tout ce qui concerne l'homme, M. Cheminade est aussi fin lettré (nonobstant la très rapide comparaison à l'emporte-pièce

entre la colonie suisse d'Ascona, assimilée à une sorte de pré-hippisme californien, qui réunissait aux début du XXe siècle toute une bohême littéraire et artistique éprise de
Freikörperkultur voire de mysticisme
völkisch en réaction à la brutale urbanisation et industrialisation de l'Allemagne et le soi-disant attrait d'A. de Benoist pour ce type d'univers !), sa lecture d'un extrait des "Confessions d'un enfant du siècle" de Musset pour déplorer l'individualisme de masse actuel étant très bien choisie.
La conférence ayant été filmée, peut-être sera-t-elle mise en ligne ? Voire quelques extraits. Mais rien ne remplace l'effort de réflexion à assister à une telle conférence, je ferais même une analogie audacieuse, c'est comme rentrer dans un film projeté dans une salle obscure ou se contenter en paresseux de le visionner sur son écran pc ou tv, ce n'est pas la même qualité de réception. J'en ai profité après pour me procurer les brochures très bien faites au stand S&P pour approfondir tout cela

puis faire un tour à la buvette

pour user et abuser de caféine.
Voilà donc un rapide aperçu, une sorte d'instantané qui n'entend bien sûr pas être exhaustif de tout ce qui m'a été donné à penser (et puis faut aussi attendre que ça décante), d'autres points pourront bien évidemment être discutés au fur et à mesure que le fil se déroule, en tout cas difficile en ce qui me concerne de ressortir indifférent de cette rencontre.
Ces "savants"

qui vont à la rencontre des "gens de peu" ne peuvent qu'inspirer respect, dimanche j'ai ressenti un peu de l'atmosphère des universités populaires fin XIXe siècle. Merci donc à tous ceux qui ont permis que cela ait lieu (sans oublier le proprio du dit théâtre pour avoir mis gracieusement à disposition la salle

).
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Un compte-rendu sur la conférence