| | | | Auteur | Message |
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SubV L'Œil


   Age : 30 Inscrit le : 26 Sep 2006 Messages : 1205 Localisation : Cawdor
| Sujet: La "Charte" Mar 26 Sep 2006 - 23:09 | |
| Les propos que vous tenez n’engagent que vous, cela dit, nous vous demandons de vous exprimer dans ces forums de manière claire, lisible et courtoise.
Sans exiger une orthographe impeccable, il est par contre proscrit le langage SMS ou de type "chat" : vous êtes sur un forum (un espace de rencontre créé pour vous) et tout le monde doit pouvoir vous lire ou vous comprendre, c’est une question de respect.
Dernière chose, évitez le Flood intempestif. Nous n'hésiterons pas à supprimer les messages ne respectant pas cette "mesure".
Merci. |
|  | | Protea Valet apatride du Grand Capital


 Inscrit le : 05 Déc 2007 Messages : 101
| Sujet: Re: La "Charte" Dim 20 Jan 2008 - 23:35 | |
| Extrait de Les Inuit de Béatrice Collignon :
"Chasseurs et nomades, les Inuinnait associent la géographie aux déplacements et à la chasse, considérés comme les deux faces d'un même savoir, reconnu pour occuper une place spécifique dans les champs de la connaissance. Les conversations qui s'y rattachent se concentrent plus sur la pratique que sur le savoir qui la sous-tend, de sorte que l'on peut dire qu'il s'agit d'un savoir peu verbalisé. Par commodité, j'emploierai l'expression "savoir cynégétique" dans un sens étendu, désignant à la fois les connaissances relatives au déplacement et celles liées à la chasse, la trappe et la pêche proprement dites. Les hommes qui maîtrisent parfaitement ce savoir sont les vrais hommes, les hommes du territoire. Cela n'implique pas cependant une remise en cause de l'identité inuit des autres dont la vie, plus sédentaire, est davantage calculé sur le modèle nord-américain." |
|  | | MEDIATOR L'Œil


 Inscrit le : 23 Jan 2008 Messages : 575 Localisation : QHS
| Sujet: Re: La "Charte" Lun 25 Fév 2008 - 5:14 | |
| Devant le petit travail de sape de certains essayant ridiculement de focaliser sur mon statut toute leur hargne pour le virage effectué en cette difficile période de transition du forum, quelques éclaircissements seront utiles.
Un forum est un espace d'échanges, rien de plus, rien de moins, où sont mises en commun aussi bien la réflexion que la fantaisie, et s'il n'a ni l'immédiateté d'un "chat" ni l'impersonnalité d'un site savant, il obéit toutefois, en tout cas pour nous, aux règles et à l'éthique du dialogue.
Les règles du dialogue
Notre forum se déclare indépendant au sens où il ne sera ni instrumentalisé ni monopolisé par un ou des intervenants. Sa modeste utilité est de faire rencontrer des personnes de divers horizons, simples ou instruites, jeunes ou âgées, mais de bonne foi, pour échanger principalement autour de cette idéologie dominante qui nous aliène.
Ceux qui n'ont pas fait leur deuil de l'ancienne mouture et/ou confondent encore en bons conformistes (auto-proclamés parfois subversifs !) liberté et permissivité en seront pour leur frais.
Une animation autour de thèmes sera lancée dès fin de remaniement du forum (fin des travaux prévue fin mars 2008). En attendant, ceux qui souhaitent apporter quelque chose à débattre parce qu'ils sont confiants en la joie du partage d'idées quand elle est fondée sur un respect mutuel et une ouverture d'esprit ne doivent pas hésiter à se risquer à prendre la parole.
Ceux qui par contre veulent polluer l'endroit en s'en servant comme défouloir, tribune politicarde ou jeu d'adolescence peuvent déjà tracer leur route. Le débat a pour nous autant une dimension publique qu'humaine, c'est pourquoi le changement qualitatif de ce forum vers laquelle nous maintenons le cap ne se laissera détourner par quiconque. A terme, cette ligne expérimentale, sans garantie aucune, ambitionne utopiquement de transformer la communauté des participants en autre chose qu'une somme d'individualités, c'est-à-dire en ateliers de l'imaginaire sous toutes ses facettes.
L'éthique du dialogue
L'homme digne de ce nom s'efforce d'agir sur soi pour donner la parole au meilleur de son être. La parole probe n'est jamais d'ailleurs qu'un entre-deux, un cheminement de l'homme à l'homme à travers le temps. Nous n'avons que faire des égolâtres, ces génies en intention, incapable de passer à l'acte, qui ne sont que des rêveurs cherchant des alibis pour leur inefficacité.
Pour nous l'échange véritable apporte plus que la virtualité des pensées contenues en chacun, il nous dispose à apprécier ce passage du possible au réel qui apporte la mesure effective de chacun, par-delà l'inconsistance des rêveries.
Il n'est certes pas demandé à chacun d'être brillant causeur, cela va de soi, nous ne sommes pas dans les salons de la "bonne société", mais il importe de pouvoir faire figure dans le jeu où concourent les bonnes volontés. La communication vraie est toujours oeuvre commune, lui donner un cadre d'exercice est donc non point la corseter mais se proposer de la mener de la discordance à la réconciliation, des illusions du sens commun à la rectitude du bon sens. |
|  | | MEDIATOR L'Œil


 Inscrit le : 23 Jan 2008 Messages : 575 Localisation : QHS
| Sujet: Re: La "Charte" Mar 11 Mar 2008 - 23:24 | |
| Des bienfaits de la controverse 
Par Jean-Louis Hue, Le Magazine littéraire n°468, oct. 2007, dossier "Les grandes querelles entre philosophes"
L’art de la polémique remonte à la plus haute Antiquité. « Polemos [le conflit] est le père de toutes choses et le roi de toutes choses », affirmait Héraclite. Toute l’histoire de la philosophie grecque peut se résumer à une succession de disputes. Oscillant entre débats théoriques et attaques personnelles, entre réfutation et invective, cette pratique de la controverse, longuement rodée dans les dialogues platoniciens, n’a cessé d’échauffer les philosophes. Au milieu du XIXe siècle, Schopenhauer en reformulait les règles et les ruses dans un court traité, joliment intitulé L’Art d’avoir toujours raison. Énumérant 38 stratagèmes, le philosophe enseignait comment avoir raison à tout prix en sapant les arguments de l’adversaire et en se montrant de plus mauvaise foi que lui. Après avoir suggéré maintes astuces, feintes et provocations, Schopenhauer conseillait comme ultime recours l’attaque ad personam, en se montrant « désobligeant, hargneux, offensant, grossier ».
Ce dossier du Magazine littéraire se fait l’écho des invectives, insultes, railleries et injures diverses que se sont lancées les philosophes durant deux millénaires. On nous reprochera peut-être de rapporter des chamailleries parfois dignes d’une cour de récréation. « Les polémistes me dégoûtent », disait Bernanos, se repentant des éreintements dont il accabla tant de ses contemporains. La polémique, quand elle relève de la manie, est vaine, voire dégradante. Mais elle sait être salutaire quand elle surgit avec à-propos pour aviver le débat. Elle s’apparente alors à une joute où il s’agit moins de terrasser l’adversaire que d’enrichir une réflexion commune.
Ce dossier se veut une illustration du bon usage de la dialectique. Il retrace par le menu les duels les plus fameux, et les plus féconds, de l’histoire de la philosophie. « La controverse est souvent bénéfique à l’un comme à l’autre, du fait qu’ils frottent leurs têtes entre elles, et sert à chacun d’eux à rectifier ses propres pensées, et aussi à concevoir des vues nouvelles », conclut dans son traité Schopenhauer qui, décidément, avait l’art d’avoir toujours raison.
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|  | | MEDIATOR L'Œil


 Inscrit le : 23 Jan 2008 Messages : 575 Localisation : QHS
| Sujet: Re: La "Charte" Lun 31 Mar 2008 - 0:17 | |
| Dans notre toute petite communauté de real men,
| Citation: | un inscrit = un participant ! |
Aussi tout compte inactif est susceptible passé un certain délai de se voir supprimé sans préavis (même si par égard ont déjà été envoyés des courriels d'avertissement). Les posts par contre restent en partie publique, seul l'idendité pseudonymique retourne à l'indifférenciation originaire de la parole.
Les nouveaux inscrits ne se présentant pas dans le fil prévu à cet effet sous 10 jours seront aussi éjectés.
Dernière édition par MEDIATOR le Dim 13 Avr 2008 - 3:59, édité 5 fois |
|  | | MEDIATOR L'Œil


 Inscrit le : 23 Jan 2008 Messages : 575 Localisation : QHS
| Sujet: Re: La "Charte" Jeu 3 Avr 2008 - 21:45 | |
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Un comportement de "flood" [flux intensif et extensif, autrement dit "inondation"] méconnu
| Citation: | Certaines personnes dénoncent les abus d’utilisation du terme « troll » qui pourrait parfois servir à couper court à toute discussion et débat. Ainsi, un intervenant à un débat pourrait utiliser ce terme afin de discréditer les personnes qui remettent en cause ses thèses, en les accusant de vouloir polémiquer. Le troll se détachant d’une simple opposition d’idées par l’aspect volontaire de la polémique, il est parfois extrêmement difficile à détecter. Ainsi, parfois, ce peut être l’accusateur qui est en fait un troll (voir la méthode hypercritique). Des polémiques peuvent être productives, un troll productif est alors appelé Stallo (qui n’a rien à voir avec l’acteur Sylvester Stallone, malgré une apparente similitude). Cependant, nombreux sont ceux qui estiment que le troll, ayant pour but principal de couler, voire de tuer un forum, ne cherche pas une polémique constructive, et que par conséquent, le terme Stallo n’a pas de sens. Enfin il ne faut pas confondre un troll avec un toad. La principale différence est que le toad est sincère, il cherche juste à imposer ses idées qui peuvent être malsaines mais il ne cherche pas à parasiter les discussions. http://fr.wikipedia.org/wiki/Troll |
| Citation: |
Objectifs d'un toad
Au contraire d'un troll qui n'use que de manipulation, le toad [crapaud] fait preuve de sincérité et ne se sent pas imposteur là où il sévit. C'est généralement une personne très égocentrique qui entend soit fédérer avec des idées reçues rabachées, soit éduquer avec des principes psycho-rigides ou retrogrades, soit convertir ses lecteurs à des opinions ou principes différents du groupe en se faisant "maître-penseur".
On ne parle de toad que lorsque l'individu est très présent sur un site, qu'il véhicule toujours les mêmes idées, que ces idées ne font pas du tout la synthèse des orientations majoritaires et surtout que l'individu ne semble pas sensible aux arguments qui lui sont opposés.
Les méthodes d'action du toad peuvent être :
* développer dans de très longs messages des théories complexes ; * utiliser le flood pour rabacher ses idées ; * ne jamais être d'accord avec ceux qu'il considère comme ennemis ; * utilisation de références célèbres pour comparer ses propres opinions ; * détournements du fond du débat à l'avantage de ses idées personnelles ; * attaques sur la forme ; * attaques sur des individus trop populaires.
Un sujet avec un toad peut durer très longtemps et ressembler à un dialogue de sourds.
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| Citation: | C'est cela précisément le narcissisme, l'expression à tout-va, la primauté de l'acte de communication sur la nature du communiqué, l'indifférence aux contenus, la résorption ludique du sens, la communication sans but ni public, le destinateur devenu son principal destinataire.
G. Lipovetsky, L'ère du vide
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Dernière édition par MEDIATOR le Lun 7 Juil 2008 - 12:19, édité 2 fois |
|  | | MEDIATOR L'Œil


 Inscrit le : 23 Jan 2008 Messages : 575 Localisation : QHS
| Sujet: Re: La "Charte" Ven 11 Avr 2008 - 2:45 | |
| ARTICLE 22 :
Si un individu vient à dire la vérité et à découvrir ainsi sa misère ou tout autre chose, il sera puni suivant le bon plaisir du président.
Machiavel
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|  | | MEDIATOR L'Œil


 Inscrit le : 23 Jan 2008 Messages : 575 Localisation : QHS
| Sujet: Re: La "Charte" Jeu 22 Mai 2008 - 4:02 | |
| 
La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c'est la plus grande de nos misères. Car c'est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela, nous serions dans l'ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d'en sortir ; Mais le divertissement nous amuse, et nous fait arriver insensiblement à la mort.
*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*
Disproportion de l'homme. — Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.
Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix.
*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser; une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue puisqu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir.Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.
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|  | | MEDIATOR L'Œil


 Inscrit le : 23 Jan 2008 Messages : 575 Localisation : QHS
| Sujet: Re: La "Charte" Dim 24 Aoû 2008 - 16:33 | |
| Les idées exposées dans le texte ci-dessous pourraient illustrer la mise en scène de soi que l'on observe fort souvent dans ces micro-sociétés (ou plutôt ces foyers de privatisation) que sont les fora. La mise en scène de soi

On aura compris, d’après tout ce qui précède, qu’ être socialement c’est essentiellement être perçu, c’est-à-dire faire reconnaître aussi positivement que possible ses propriétés distinctives, par une mise en scène/mise en valeur adéquate. Comme nous l’avons déjà souligné, une propriété qui n’est pas transmutée en capital symbolique au niveau de la représentation qu’en ont les autres ne peut pas fonctionner comme un véritable capital. En revanche, si dans un champ donné, un agent réussit à donner aux autres une représentation convaincante du capital qu’il prétend posséder, il peut arriver à tirer des profits réels de propriétés elles-mêmes imaginaires. C’est très exactement ce que font tous les escrocs, simulateurs et charlatans de tout acabit, qui ne possèdent rien d’autre que le talent de la mise en scène. La difficulté commence toutefois lorsqu’on veut savoir où se situe très précisément la frontière entre mensonge et vérité en matière de représentation. Il suffit pour s’en convaincre de passer en revue quelques exemples tirés de l’expérience la plus constante. Doit-on considérer comme des gens de bonne foi ou comme des tricheurs délibérés : - les personnes qui se comportent de façon grossière, brutale ou répugnante dans l’intimité, avec leurs proches, et qui adoptent au contraire, à l’extérieur, des manières courtoises, mesurées et raffinées ?
- les maîtresses de maison qui nettoient à fond les parties de leur intérieur susceptibles d’être exposées au regard des étrangers et qui laissent le désordre et la saleté régner dans les pièces inaccessibles aux visiteurs ; ou encore les personnes coquettes qui soignent leur tenue vestimentaire extérieure mais s’accommodent facilement de porter des sous-vêtements douteux ?
- les bacheliers ou les étudiants de premier cycle désargentés qui proposent sans rire de donner indifféremment des « cours de français, anglais, espagnol, latin, mathématiques et physique, de la sixième à la terminale » ?
- les personnes dites cultivées qui parsèment leurs propos d’allusions « chics » à des œuvres célèbres qu’elles connaissent vaguement voire pas du tout, comme si ces œuvres faisaient partie de leur univers familier ?
- les hommes et les femmes sur le retour, qui s’évertuent donner le change sur leur âge, leur poids, leur ligne, à grand renfort de cosmétiques, fards, masques de beauté, massages, gaines, etc. ?
- les intellectuels « dans le vent » qui bouclent en quelques semaines des « essais » prophétiques sur des sujets et des problèmes qui demanderaient des années d’enquête à des chercheurs compétents et scrupuleux ?
- les ministres qui prononcent des discours rédigés par des conseillers spécialisés ; ou les vedettes qui signent des livres rédigés par des « nègres » ?
- les politiciens qui prodiguent en campagne électorale des promesses impossibles à tenir ?
- les hommes d’Église qui stigmatisent avec véhémence chez leurs ouailles les concupiscences auxquelles ils ont eux-mêmes succombé dans un motel proche ?
- les croyants religieux qui déclarent avoir reçu du ciel une mission à accomplir ?
- d’une façon très générale, les agents innombrables qui professent un total désintéressement au service de valeurs « supérieures » (l’art, les droits de l’homme, la patrie, la santé publique, l’Éducation nationale, la justice, etc.) tout en s’efforçant de maximiser la rémunération de ce service ?
On pourrait allonger indéfiniment la liste des pratiques de mise en scène de la vie quotidienne. Parmi elles, les plus nombreuses ne sont certainement pas celles qui consistent à se fuite valoir en trompant sciemment et délibérément les autres mais celles qui consistent a créer des apparences ambiguës, à cultiver l’équivoque, le flou, le clair-obscur, à suggérer qu’on possède telle ou telle propriété rare sans aller jusqu’à affirmer explicitement qu’on la possède ; en évitant de donner aux autres tous les renseignements objectifs qui leur permettraient de savoir exactement à quoi s’en tenir ; en pratiquant non pas le mensonge caractérisé mais la rétention d’information ou le mensonge par omission, par « oubli » ; en délivrant des vérités, mais partielles, tronquées, toilettées si l’on peut dire. En l’occurrence, le sens pratique de chaque agent joue un rôle essentiel en lui permettant de repérer et d’exploiter de la façon la plus spontanée les situations et les terrains où il peut le mieux se mettre en valeur, « tirer son épingle du jeu », « faire bonne impression », « s’en sortir avec les honneurs », etc. ; et, inversement, d’éviter, esquiver ou éluder, autant que faire se peut, les situations qui risquent de faire apparaître ses faiblesses et ses limites. Et cela, sans cesser d’être sincère.Il convient de préciser ici, contre toute interprétation naturaliste, que la mise en scène de soi n’a rien à voir avec une tendance qui serait inscrite, depuis le couple originel, dans une nature humaine corrompue, dans une psychologie tortueuse et maligne, viciée par quelque besoin pervers de feindre, de tromper, de mentir. La mise en scène de soi est une nécessité structurale, une propriété positionnelle inévitable chez des agents contraints d’occuper dans des structures sociales très différenciées, des positions de pouvoir très hiérarchisées, en dehors desquelles ils n’ont plus d’identité sociale distincte ni distinctive. Comprendre cette nécessité structurale c’est comprendre du même coup que le travail de construction de sa propre définition légitime (qui implique nécessairement la coopération des autres agents) est une entreprise par nature interminable. C’est un processus dans lequel, une fois engagé, on ne peut savoir a priori jusqu’où on est capable d’aller sous la pression des circonstances, dans la logique de la compétition permanente et de la distinction maximale. On peut commencer dans la peau d’Octave, petit jeune homme chétif qui avait peur du tonnerre mais que n’étouffaient pas les scrupules, et finir dans le rôle d’Auguste, vénéré à l’égal d’un dieu.
Alain Accardo, Introduction à une sociologie critique, p. 111-114 |
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